Rupture du barrage de Brumadinho : autre crime des multinationales

03/07/2019

Le 25 janvier 2019, un nouveau crime environnemental s’est produit : la rupture du barrage de Brumadinho, situé dans l’état du Minas Gerais, propriété de la multinationale VALE. Plus de 300 personnes sont mortes. La plupart d’entre elles étaient des employé.e.s de l’entreprise qui mangeaient dans le réfectoire, le premier bâtiment touché par la brèche.

Cette catastrophe a de graves conséquences sur l’environnement : la boue qui a été libérée était pleine de résidus de minerai. La boue a atteint le fleuve Sao Francisco (2ème fleuve brésilien) dont dépendent quatorze millions de personnes. Les tests ont révélé un taux alarmant de métal (fer et aluminium notamment) dans les eaux et dans les poissons, principale source de nourriture de la population locale.

VALE est une multinationale dont les sièges sociaux sont situés au Brésil et en Suisse. Son siège en Suisse (Saint-Prex, Canton de Vaud) sert principalement à l’optimisation fiscale. En effet, VALE bénéficie d’une exonération fiscale en Suisse qui lui permet de soustraire plus des deux tiers de ses bénéfices de l’impôt des pays où les gains sont obtenus.

La société VALE est directement responsable du mauvais entretien de ses barrages et devrait être tenue pour responsable de toutes les conséquences criminelles qui ont suivi la rupture. Une société allemande (TÜV SÜD) a effectué un examen périodique en 2018 montrant que le barrage de Brumadinho avait des problèmes de drainage. Un ingénieur de cette société a assuré que TÜV SÜD n’aurait signé le rapport technique que si VALE avait effectivement adopté les recommandations, mais il a fini par signer la déclaration de stabilité en raison des pressions exercées par la multinationale. Ces informations prouvent que l’entreprise savait qu’il y avait des risques. De plus, les courriers échangés deux jours avant l’effondrement du barrage ont montré que VALE était au courant que des capteurs étaient déficients.

Des témoignages de première main montrent que les activités minières de VALE causent des dommages à l’environnement, n’offrent pas de bonnes conditions de travail et ne laissent aucun avantage pour le pays hôte. VALE, une des plus grandes multinationales du minerai, suit la logique commerciale qui caractérise les activités internationales de ces géants économiques : privatisation des profits, socialisation des préjudices.

Enfin, ce crime montre une fois de plus la nécessité d’élaborer un instrument juridiquement contraignant, un Traité international, pour réguler les activités des sociétés transnationales, qui puisse permettre de les juger quand elles sont impliquées dans des violations des droits humains. Il s’agit d’une solution concrète pour mettre fin à l’impunité et assurer l’accès à la justice pour les victimes.

Les communautés affectées de Brumadinho à Genève

Suite à cet énième crime, le CETIM a accueilli à Genève deux représentants des communautés affectées de Brumadinho, du Movimento dos Atingidos por Barragems (MAB), le mouvement des affectés par les barrages. Avec l’appui du CETIM, le MAB a pu dénoncer ce crime auprès des mécanismes onusiens, tout en revendiquant l’accès à la justice pour les victimes.

Pour cela, le CETIM a organisé une réunion avec le Rapporteur spécial sur l’environnement, M. David R. Boyd, qui s’est montré très réceptif aux revendications des affectés. Par la suite, le CETIM et le MAB ont soumis un rapport complet à différents Rapporteurs spéciaux de l’ONU pour leur demander d’intervenir auprès du gouvernement du Brésil afin de rétablir la justice.

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