Droits humains dans le contexte de la pandémie de Covid-19

07/07/2020

Le confinement a démontré, si besoin est, l’importance du respect et de la mise en œuvre effective de tous les droits humains (civils, politiques, économiques, sociaux et culturels), tout en mettant en lumière de nombreuses violations de ces mêmes droits.

En effet, le confinement nous a démontré une fois de plus que les droits économiques, sociaux et culturels, tels que le droit à l’alimentation, le droit à la santé, le droit au logement, le droit au travail ou le droit à l’éducation sont aussi cruciaux que les droits civils et politiques1. N’oublions pas que les autorités ne cessent de rappeler que le confinement et les gestes barrières (distanciation physique, lavage des mains, etc.) ont pour but de protéger le droit à la vie de chacun d’entre nous et expriment ainsi la valeur qui est accordée à la vie humaine dans nos sociétés. Or qu’advient-il des personnes faisant partie des groupes socialement exclus, qui subissent de manière particulièrement intense les risques de contamination, par exemple les personnes entassées dans des bidonvilles sans eau courante ? Qu’en est-il de la protection effective du droit à la vie de ces personnes lorsque les mesures sanitaires sont matériellement impossibles à mettre en œuvre pour elles en raison de la violation préalable de leurs droits sociaux (absence de logement, de travail, d’alimentation, d’accès à l’eau potable) ? Ou encore, pour citer un exemple genevois, est-ce qu’un État remplit réellement ses obligations en matière de droits humains lorsque des policiers de cet État interviennent pour stopper une opération de distribution de nourriture destinée à des centaines de personnes dans le besoin? Est-il acceptable que dans des pays riches des millions de personnes soient dans le besoin ? Est-il tolérable que de nos jours, presque la moitié de l’humanité soit privée, à des degrés divers, de la satisfaction de ses besoins essentiels (alimentation, eau, logement adéquat, travail décent, éducation…) ?

Ces exemples nous rappellent que la violation d’un seul droit humain peut remettre en cause la jouissance de tous les autres. Ainsi la négation, de droit ou de fait, du droit au logement, entraîne en cascade des conséquences dramatiques et cause de multiples violations des droits humains dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la santé, des liens sociaux, de la participation aux prises de décision (privation des droits civiques entre autres).

Les États, en vertu de leurs engagements internationaux, sont tenus de protéger, de promouvoir et de donner effet à tous les droits humains à toutes les populations relevant de leur juridiction, en premier lieu à l’endroit des plus vulnérables (enfants, personnes âgées, réfugié-e-s, migrant-e-s, personnes handicapées…). Ils doivent également s’abstenir de violer les droits humains d’autres populations vivant sous la juridiction d’autres États par des mesures telles qu’embargo sur les produits alimentaires ou médicaux. De plus, les États qui ont des moyens doivent être solidaires avec ceux qui sont dans l’incapacité, pour différentes raisons (catastrophes naturelles, épidémies, manque de ressources ou capacité technique, etc.) d’assurer la jouissance des droits humains à leurs populations.

Pourtant, dans la pratique, on observe des violations massives des droits humains sur tous les continents. En effet, pour certains États, l’économie doit tourner coûte que coûte (quels que soient le secteur et son utilité sociale dans une situation d’urgence), faisant fi des dangers sanitaires pour les travailleurs concernés et la santé publique, alors qu’en même temps ils sont dans l’incapacité d’offrir à leur population des produits médicaux et/ou alimentaires. De plus, la plupart des pays sont privés d’un réseau de soins de santé digne de ce nom, y compris en occident.

Comment en sommes-nous arrivés là ? À l’origine de cette situation se trouvent les choix économiques et politiques faits, de gré ou de force, depuis plusieurs décennies. Ces décisions ont exclu l’État du champ économique, et réduit les ressources budgétaires allouées au secteur public, notamment dans le domaine de la santé. Le rôle des États a été (plus ou moins) restreint à des questions sécuritaires et à la répression de leur propre population réclamant bien souvent la justice sociale et protestant contre la destruction de son milieu de vie.

En effet, soumis aux Programmes dits d’ajustement structurel (PAS) ou des mesures similaires, de nombreux États dans le monde ont assisté à la destruction de leurs services publics (éducation, santé, eau, transport…) et de leur paysannerie (suppression d’aide aux paysans familiaux, libéralisation du marché alimentaire, etc.) – pourtant essentiels pour assurer la jouissance des droits humains à leurs populations sans discrimination aucune –, et à la privatisation de ces secteurs. En outre, ces pays ont souvent été contraints d’abandonner tout contrôle des prix et des changes et de favoriser la libre circulation des capitaux. Imposés depuis les années 1970 aux pays du Sud endettés, les PAS (ou des mesures similaires sous d’autres appellations) ont été étendus aux pays du Nord : par exemple les mesures d’austérité renforcées imposées après la crise financière de 2007-2008 à la Grèce par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). En plus de la destruction des services publics et de la paysannerie familiale, ces programmes ont eu comme conséquence l’augmentation de la pauvreté, de la précarité et des inégalités autant entre les pays qu’au sein des pays.

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1 C’est pourquoi d’ailleurs, les États membres de l’ONU ont affirmé unanimement et solennellement lors de la Conférence mondiale sur les droits humains, tenue à Vienne en juin 1993, que « les droits de l’homme sont universels, indivisibles, interdépendants et intimement liés », sans faire de distinction ni créer de hiérarchie entre eux.

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