Élection présidentielle au Brésil : ingérence et manipulation des sociétés transantionales du numérique

21/10/2026

Communiqué de presse
Genève, le 21 octobre 2026

Le CETIM exprime sa vive préoccupation face à l’ingérence et à la manipulation des flux d’information dans le cadre du processus électoral en cours au Brésil par les sociétés transnationales du numérique. Ces pratiques constituent un péril direct pour la démocratie et menacent la pleine jouissance des droits humains.

En effet, le laboratoire de recherche universitaire NetLab de l’UFRJ [1], ainsi que les enquêtes menées par le Tribunal supérieur électoral (TSE) [2], ont démontré que les algorithmes du géant du numérique Meta ont amplifié de manière disproportionnée les campagnes de diffamation ciblées et les allégations de fraude électorale émanant des réseaux du candidat Flávio Bolsonaro, candidat de l’extrême droite brésilienne. À l’inverse, les comptes officiels et publicitaires liés à son adversaire, le président en exercice Luiz Inácio Lula da Silva, ont fait l’objet de restrictions de visibilité et de blocages de diffusion, que Meta a elle-même dû qualifier d’« anomalies techniques ».

Parallèlement, des audits réalisés par des organisations non gouvernementales telles qu’Amnesty International [3] ont révélé que la régie publicitaire de Meta a continué d’approuver et de monétiser des annonces propageant une désinformation électorale manifeste. Ceci illustre une défaillance systémique des mécanismes de modération, qui fausse directement le débat public et entrave la libre formation de l’opinion des électeurs.

L’hégémonie de monopoles transnationaux du numérique tels que Meta sur le débat démocratique brésilien met en exergue l’échec profond de l’autorégulation. En permettant à des algorithmes – conçus pour maximiser les revenus publicitaires – d’amplifier la désinformation et d’altérer le vote populaire, ces entités bafouent les droits fondamentaux de la population brésilienne. Sont notamment compromis les droits garantis par l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui protège le droit des citoyens de prendre part à des élections « honnêtes » et « libres », ainsi que par l’article 23 de la Convention américaine relative aux droits de l’homme, qui consacre la « libre expression de la volonté des électeurs ».

Face à l’impunité structurelle des GAFAM et à l’inefficacité avérée des codes de conduite volontaires, il est impératif d’adopter d’urgence un cadre juridiquement contraignant en matière de sociétés transnationales et droits humains. Cet instrument sera indispensable pour établir des mécanismes de prévention des les violations des droits humains et, le cas échéant, de responsabilisation juridique et reddition des comptes ces entités. Il est aujourd’hui crucial de soumettre les infrastructures et algorithmes digitales à un strict contrôle démocratique et juridique, afin d’empêcher que des intérêts privés ne s’arrogent le pouvoir de subvertir la souveraineté des États et le droit inaliénable des peuples à l’autodétermination.

[1] https://netlab.eco.ufrj.br/post/meta-lucra-com-an%C3%BAncios-irregulares-promovidos-por-redes-coordenadas-para-influenciar-as-elei%C3%A7%C3%B5es-no
[2] https://www.tse.jus.br/comunicacao/noticias/2026/Outubro/tse-ouve-meta-sobre-aprimoramento-de-medidas-para-enfrentamento-da-desinformacao-na-reta-final-das-eleicoes
[3] https://www.amnesty.org/en/latest/news/2026/08/brazil-election-disinformation/

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