Définition et traitement du terrorisme

11/11/1998
Sous-Commission des droits de l'homme

Intervention au point 12 : droits de l'homme et terrorisme. Déclaration orale du CETIM.



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Monsieur le Président,

Apparu pour la première fois en 1798 dans le Supplément du Dictionnaire de l’Académie française, le terme ” terrorisme ” se référait alors au régime de terreur qui ensanglait la France entre septembre 1793 -vote de la loi des Suspects- et juillet 1794 -chute de Robespierre-. En quelques mois, plusieurs milliers de personnes ont été massacrées ; la guerre était ouvertement déclarée à la religion, à la propriété et aux ennemis de la Révolution. Le cours de l’Histoire démontre cependant que l’étymologie du mot terrorisme a été galvaudé, notamment dans le but, de manipuler les opinions.

Avoir recours à la terreur est un acte qui vise à terroriser un individu ou un groupe d’individus. Et le fait de terroriser, paralyse par la frayeur ou influence par l’intimidation un individus ou un groupe d’individus. Par la même, cet acte de terreur, parvient à influencer et à contrôler le comportement, les pensées et les sentiments d’individu(s), non seulement en faisant planer la menace de la violence mais aussi en faisant régner une insécurité déstabilisante. C’est pourquoi il peut être affirmer que tout recours à la violence pour imposer sa volonté peut être assimilé au terrorisme.

Il faut relever que la “terreur” exercée par les puissants et celle exercée par les faibles et les opprimés ont des buts complètement différents. La première vise à nous forcer à l’indifférence, à la résignation et à l’apathie; elle veut nous faire croire et nous inculquer qu’il n’existe aucun moyen de nous défendre ou de nous protéger. La seconde vise d’une part, à alarmer, à effrayer et à dérouter les puissants et d’autre part, à tirer parfois contre leur gré les populations de leur apathie afin de les pousser à la résistance et de les conduire à secouer, par la violence, un joug devenu insoutenable.

On peut donc considérer que la “violence” comporte deux faces, l’une officielle, sanctionnée et comptabilisée, l’autre, discrète, sournoise, hypocrite et pourtant quotidienne, analyse développée de manière pertinente par Jean-Claude Chesnais dans son ouvrage sur “l’Histoire de la violence”. La première face de la violence correspond à la violation des lois ; elle est le refus de l’ordre social ; elle a depuis des siècles été châtiée plus ou moins durement. Le discours sur cette violence ne fait généralement qu’exprimer le point de vue des dominants, la position de ceux qui gouvernent. Cette violence est celle qu’enregistrent les statistiques judiciaires et policières. La seconde face de la violence, pourtant souvent plus grave par ses conséquences sur la vie et la santé des Hommes, est parfaitement légale. Les rares sanctions auxquelles elle a donné lieu ne sont apparues que très tard dans l’histoire humaine, avec l’émergence progressive du droit social. Cette violence est celle des forts contre les faibles, des dirigeants contre les dirigés, des patrons contre les ouvriers. Avec l’avènement de la démocratie, elle n’en continue pas moins d’éliminer sournoisement chaque année des centaines, parfois des milliers d’hommes. Ces hommes-là sont sacrifiés au nom de la sacralisation de l’ordre public ou de la productivité, parfois les deux.

Monsieur le Président,

En 1996, à Charm el Cheikh, à Lyon puis à Paris, les grands de ce monde se sont mobilisés contre je cite: “un défi majeur à la sécurité de l’ensemble de nos sociétés”, fin de citation. Selon ces propos, le grand fléau qui menace à l’aube du XXIème siècle, c’est le terrorisme, et non pas les inégalités croissantes entre le Nord et le Sud, ou encore les souffrances de millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui luttent contre la faim et la soif. Les puissants attacheraient-ils plus d’importance aux conséquences du terrorisme qu’à ses causes profondes?

Du fossé toujours plus grand entre les puissants et les opprimés de ce monde, émane des cris de protestations, de plus en plus nombreux à l’échelle planétaire. Etouffés, muselés et manipulés, ces appels trouvent d’autres formes d’expression. La violence commence là où s’arrête le pouvoir du verbe. A défaut de prêter attention aux multiples mouvements qui revendiquent le respect de leurs droits fondamentaux, quelles sont les réponses apportées par les puissants de ce monde?

Oeil pour oeil, dent pour dent, les puissants répondent à la violence par la violence au nom de la légitime défense en ayant recours à des mesures coercitives, allant des embargos aux frappes militaires.

Dans ce jeu où l’arrogance est maîtresse, les Etats-Unis se présentent en champion, car selon les propos de son chantre actuel, je cite: “Les Etats-Unis ont une responsabilité spéciale pour diriger ces efforts contre le terrorisme. Il y a des moments où l’Amérique, et elle seule, peut faire la différence entre la guerre et la paix, entre la liberté et la répression, en l’espoir et la peur” fin de citation. Mais de quelle responsabilité s’agit-il ? A quelle paix, à quelle liberté et à quel espoir se réfère-t-il ?

Le modèle hégémonique nord-américain ne fera jamais l’unanimité, de multiples résistances le prouvent au quotidien. Le monopole de la violence dont se prévalent les Etats modernes n’a d’égal que la soif de justice des populations opprimées. Cette logique ne peut engendrer qu’un cycle de violences, dont les victimes sont trop souvent innocentes.

Monsieur le Président,

Dans le cadre de son document de travail (E/CN.4/Sub.2/1997/26), Mme Koufa souligne fort bien qu'”il n’y a pas encore de définition universellement acceptée du terrorisme car les universitaires et les experts tendent à aborder le phénomène sous des perspectives différentes, et les gouvernements tendent à qualifier d’actes de terrorisme les manifestations de ce phénomène qui affectent directement leurs propres intérêts, sans se préoccuper des problèmes des autres”. Le Centre Europe-Tiers Monde (CETIM), vu la complexité et les enjeux de la thématique «Terrorisme et Droits de l’Homme», recommande à Madame la Rapporteur spécial :

(i) d’examiner dans quelle mesure les rapports de force entre les dominants et dominés influencent les différentes formes de violence visant à terroriser des individus, des groupes d’individus ou des Etats,

(ii) d’accorder une attention toute particulière sur les causes du terrorisme, sur les responsabilités des différents acteurs, sur les sanctions qui en découlent et sur les réparations envers les victimes de la terreur.


Catégories Cas Déclarations Droits économiques, sociaux et culturels Droits humains
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