Changement climatique: responsabilité des multinationales

03/05/2016

 

“Hold-up sur le climat. Comment le système alimentaire est responsable du changement climatique et ce que nous pouvons faire” est co-publié par le CETIM en 2016. En Suisse, les dépositaires d’une initiative ouvrent le débat sur les politiques agricoles et alimentaires. 

“Hold-up sur le climat. Comment le système alimentaire est responsable du changement climatique et ce que nous pouvons faire” est co-édité par le CETIM et GRAIN. De manière simple, le livre met en exergue les responsabilités des multinationales de l’agro-alimentaire dans le changement climatique. L’ouvrage examine l’impact des activités des sociétés transnationales au niveau mondial. Il démontre que le système alimentaire industriel est responsable de plus de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. L’industrie agro-alimentaire pollue en masse. Déforestation, gestion des déchets, transformations et emballages sont quelques exemples parmi d’autres. Pourtant rien n’est perdu. Le livre du CETIM propose 5 étapes pour refroidir la planète et nourrir sa population. Pendant ce temps, l’initiative « Pour  la  souveraineté  alimentaire » est déposée en Suisse. Rencontre avec Catherine Morand, coordinatrice romande de Swissaid, ONG co-signataire du texte.

En quelques mots en quoi consiste le texte officiel déposé fin mars 2016 à Berne?

L’initiative est intitulée «Pour la souveraineté alimentaire. L’agriculture nous concerne toutes et tous». Elle demande que l’approvisionnement en aliments suisses soit prépondérant, que les produits locaux soient privilégiés, et que leur production ménage les ressources naturelles. Elle demande également que le recours aux organismes génétiquement modifiés dans l’agriculture en Suisse soit définitivement banni.

Swissaid a soutenu la parution du livre « Hold-up sur le climat. Comment le système alimentaire est-il responsable du changement climatique et ce que nous pouvons faire ». Pour quelles raisons?

SWISSAID est en effet très engagée sur les questions d’agriculture, de changement climatique. Pour nous, cela faisait complètement sens de participer à la parution du livre « Hold-up sur le climat » de GRAIN, une organisation que nous soutenons par ailleurs. Nous collaborons aussi régulièrement avec le CETIM, qui a assuré la version française du livre. Nous l’avions fait aussi lors de la parution de « Hold-up sur l’alimentation ». Avec, à la clé, l’organisation d’une conférence sur ce thème au Palais Eynard à Genève. Henk Hobbelink, directeur de GRAIN, y participait. Il était également présent à Genève pour le lancement de la version française de « Hold-up sur le climat ».

Dans les 9 pays où nous sommes présents, SWISSAID appuie des projets d’agriculture biologique. Ce type d’agriculture, respectueuse de l’environnement, est précisément la mieux à même de lutter contre le réchauffement climatique, et de préserver la biodiversité. L’agriculture industrielle porte une lourde responsabilité dans le changement climatique. Tout comme la véritable folie qui consiste pour chaque aliment à parcourir des milliers de kilomètres avant d’arriver dans nos assiettes, ici ou ailleurs.

Comme le montre le livre, la seule solution réaliste est de mettre en place la souveraineté alimentaire. L’initiative déposée à Berne va-t-elle dans ce sens ?

Oui, l’initiative d’Uniterre va dans ce sens. Elle s’inscrit dans un vaste mouvement qui prône que nous mangions ce que nous produisons, et que nous produisions une bonne partie de ce que nous consommons. Ce mouvement est présent sur tous les continents. Le fameux « avantage comparatif » prôné par la Banque mondiale, entre autres, a des conséquences dramatiques. Notamment pour la petite paysannerie africaine, asphyxiée et submergée par les produits agricoles à prix cassés. Ces produits sont générés par les agricultures subventionnées d’Europe et d’Amérique du nord, ainsi que des pays émergents.

L’ouvrage évoque aussi les effets désastreux des produits issus de l’agro-industrie sur le plan de la santé publique. Par exemple, l’entreprise suisse Nestlé est souvent incriminée pour les éléments addictifs ajoutés aux aliments vendus sous son label. L’initiative pointe-t-elle du doigt la responsabilité des multinationales suisses et leur politique alimentaire ?

L’initiative met avant tout l’accent sur les choix en matière de politique agricole de la Suisse. Mais les stratégies de Nestlé, notamment dans les pays africains, est très problématique. Là-bas, l’agroindustrie se livre une lutte féroce pour acquérir de nouvelles parts de marché. Avec des produits alimentaires industriels qui se substituent aux produits locaux, plus sains, avec moins d’additifs, et modifient les habitudes alimentaires. Reste que pour l’instant, l’alimentation en Afrique demeure beaucoup plus saine que ce que nous mangeons ici.

Comme le livre « Hold-up sur le climat » l’explique, l’obésité due à la malbouffe explose dans le monde. La Suisse est-elle attentive à cette problématique qui pourrait poser de graves soucis de santé à sa population dans le futur ?

La Suisse, comme tous les pays, est préoccupée par l’évolution de l’obésité, tout particulièrement chez les jeunes. C’est un phénomène très présent également dans les pays émergents.

L’obésité, la malbouffe, et sa contrepartie la malnutrition et la faim, sont les résultats de politiques agricoles délirantes. Qui se traduisent, sur tous les continents, par un accaparement des meilleures terres agricoles, pour y planter sur des kilomètres des palmiers à huile, de la canne à sucre. Ces produits alimenteront le marché mondial et serviront précisément à fabriquer ces denrées à l’origine de l’obésité et de la malbouffe. De plus, ils génèrent faim et malnutrition dans des pays où des milliers de paysans sont désormais privés de leurs terres.

Un chapitre du livre est consacré à l’huile de palme. Ce produit représente aujourd’hui plus de la moitié de la consommation mondiale totale des huiles et des graisses. Le coût très bas de sa production coûte en fait très cher à la planète. Partout où les multinationales implantent des palmiers à huile, on assiste à la destruction des forêts tropicales, à l’accaparement brutal des terres. L’Assemblée nationale française a voté un impôt écologique sur l’huile de palme provenant de Malaisie et d’Indonésie. En Suisse, le Bruno Manser Fonds demande au Conseil fédéral d’exclure l’huile de palme des négociations de libre-échange avec la Malaisie. L’initiative aborde-t-elle ce sujet ?

L’initiative d’Uniterre n’aborde pas directement ce sujet. Mais en effet, le Bruno Manser Fonds, ainsi que plusieurs autres organisations, parmi lesquelles Uniterre, demandent au Conseil fédéral d’exclure l’huile de palme des négociations de libre-échange avec la Malaisie. L’exemple de l’huile de palme incarne à lui seul les dérives de l’agrobusiness. L’agriculture industrielle a trouvé en l’huile de palme l’huile/la graisse la meilleure marché, et les marges de bénéfice les plus intéressantes. Avec, à la clé, d’énormes dégâts sociaux et environnementaux dans les pays producteurs, sur tous les continents.

 

Propos recueillis par Marie-France Martinez

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