Le meurtre de Berta Cáceres ne doit pas rester impuni

10/03/2016

Résumé: Le CETIM et l’AIJD s’adressent aux deux Rapporteurs Spéciaux concernant leur rapport conjoint pour exprimer leur préoccupations sur la problématique des exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et les conséquences que celles-ci ont sur la situation des droits humains dans différents pays. Dans la déclaration, le CETIM et l’AIJD soulèvent le cas du meurtre de l’activiste et leader indigène lenca Berta Cáceres au Honduras. Berta était engagée dans la défense des droits des peuples indigènes, des mouvements paysans, de l’environnement. Dans ses luttes, elle s’opposait aux projets miniers et de grands barrages hydroélectriques dans lesquels différentes entreprises transnationales sont investies. Son combat contre la puissance des transnationales et son opposition au coup d’État du 28 juin 2009 (orchestré par l’oligarchie du pays avec la complicité de puissances occidentales) lui ont valu la mort. Nous exigeons justice pour Berta Cacéres ; l’arrêt de tous les projets de « développement » en violation des droits humains et sans consultation préalable des populations sur place ; le gel des investissements des entreprises transnationales et des institutions financières internationales dans ces projets ; la fin de l’impunité des crimes à l’encontre des défenseurs des droits humains et la réalisation d’enquêtes indépendantes afin de faire pleine lumière sur la chaîne de responsabilités dans ces crimes.

Conseil des droits de l’homme des Nations Unies – 31ème session

Point 3: Promotion et protection de tous les droits de l’homme, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, y compris le droit au développement – Dialogue interactif avec le Rapporteur spécial sur le droit de réunion et d’association pacifique et le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires sur leur rapport conjoint (A/HRC/31/66, du 4 février 2016)

Intervention orale conjointe CETIM-AIJD

Monsieur le Président,

Le CETIM et l’AIJD souscrivent à la plupart des recommandations faites par les deux Rapporteurs spéciaux dans leur rapport conjoint, soumis à la présente session. Parmi ces recommandations, nous pouvons retenir, entre autres, deux importants éléments :

1) Les crimes commis par les agents de l’État ne doivent pas rester impunis. Ils doivent faire l’objet de sanctions civiles et pénales s’appliquant non seulement aux exécutants mais aussi aux commanditaires, qu’ils soient militaires ou civils. (voir en particulier §§ 91 et 93) ;

2) La nécessité d’ouverture de l’espace public, privatisé par le secteur privé, aux citoyens et citoyennes qui souhaitent user de leurs droits d’association et de manifestation (§ 88).

A ce dernier propos, nous observons depuis plusieurs années, y compris dans les pays réputés démocratiques, qu’il est devenu commode pour le secteur privé d’invoquer le droit à la propriété privée pour interdire par exemple les activités syndicales au sein des entreprises.

Monsieur le Président,

Comme chacun le sait, la violation du droit à la vie ne survient pas uniquement lors des manifestations. Il existe aussi des assassinats ciblés et planifiés des défenseurs et défenseuses des droits humains, autant par des agents publics que privés. C’est ce qui est arrivé le 3 mars dernier à Berta Caceres, leader indigène lenca, défenseuse des droits des autochtones et de l’environnement au Honduras.

En effet, Berta était menacée de mort par des personnes proches de la compagnie hydroélectrique canadienne Blue Energy, car elle s’opposait à la construction d’un barrage sur le Rio Blanco dans le territoire indigène. En avril de 2015 elle avait révélé publiquement cette menace lors d’une interview donnée à l’agence de presse EFE :

« J’ai reçu des menaces de mort, d’enlèvement ou de la disparition, de lynchage, de piéger le véhicule que j’utilise et ma fille d’enlèvement. On m’a intimidée par des actions de persécution, de surveillance, d’harcèlement sexuel. Les milieux puissants ont également mené des campagnes dans les médias nationaux à mon encontre. »

Bien que Berta fasse l’objet de mesures de protection de la part de la Commission inter-américaine des droits de l’homme, elle a été tuée par balle chez elle par des personnes « non identifiées » alors que son frère a été blessé.

Quels que soient les auteurs et commanditaires, à l’évidence, il y a un manquement et une responsabilité des autorités honduriennes dans cet assassinant.

Le CETIM et l’AIJD demandent au Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires de mener une enquête sur cet assassinat afin que ses auteurs matériaux et ses commanditaires soient poursuivis et punis.

Monsieur le Président,

Je vous remercie de votre attention.

Genève, le 9 mars 2016

Catégories Articles Campagnes Déclarations Droits humains Sociétés transnationales
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