L’OMC dans l’impasse: La Conférence ministérielle la savera-t-elle?

26/03/2026

L’architecture actuelle du commerce mondial, pilotée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), se trouve à un point de rupture historique. Le modèle néolibéral, fondé sur la libéralisation aveugle des marchés, la privatisation des services publics et la marchandisation généralisée de tous les aspects de nos sociétés, a échoué à remplir ses promesses de développement et prospérité. Au contraire, il a instauré une architecture commerciale au service exclusif du capital transnational, selon une perspective néocoloniale visant à bloquer le développement des pays du Sud Global, tout en sacrifiant la souveraineté des peuples et la préservation de la biosphère.

La 14e Conférence ministérielle de l’OMC, qui se tiendra du 26 au 29 mars à Yaoundé (Cameroun), est présentée comme une tentative de sauver cette institution qui se trouve dans l’impasse totale. Cette impasse s’explique principalement par les tensions géopolitiques entre grandes puissances et le blocage étasunien de son organe de règlement des différend. La paralysie des négociations marque ainsi la fin de l’illusion d’une solution néolibérale universelle. Confrontées à l’échec, les puissances de l’OCDE, les États-Unis en tête, délaissent désormais le cadre multilatéral pour se murer dans un libéralisme sélectif, voire recourir à la loi du plus fort.

Faut-il le rappeler, les accords négociés au sein de l’OMC en dehors de tout contrôle démocratique créent un système à deux vitesses qui marginalise le Sud global. Cette réalité confirme l’ADN d’une institution conçue non pas pour le développement économique, ni pour un commerce équitable mais pour faciliter l’expansion et l’accumulation du capital. Le tout, au détriment de la souveraineté populaire, des droits humains et de l’environnement. Pour les peuples et pour de nombreux États, l’OMC n’est plus un espace de négociation, mais une instance de validation d’un ordre « hors-sol » déconnecté des réalités sociales.

Le régime agricole imposé par l’OMC illustre parfaitement cette impasse. Depuis 1995, il a systématiquement criminalisé les politiques nationales visant à protéger les marchés internes et à garantir des prix justes à la paysannerie familiale. En traitant la nourriture comme une simple marchandise spéculative, ce cadre impose une concurrence déloyale entre la paysannerie locale et l’agro-industrie subventionnée. Pour les pays importateurs de produits alimentaires et les pays sans accès à la mer, le maintien dans ce cadre constitue une menace directe pour leur survie. La souveraineté nationale y est perçue comme un obstacle à la fluidité du capital. Dès lors, le retrait de l’OMC ne saurait être interprété comme un repli, mais plutôt comme un acte de légitime défense, nécessaire à la réorientation des investissements vers les marchés locaux, nationaux et régionaux, ainsi que vers des systèmes de proximité fondés sur l’agroécologie, dans la perspective de promouvoir la souveraineté alimentaire.

Cette rupture avec l’ordre (ou devons-nous parler plutôt de désordre) marchand est la condition sine qua non pour restaurer la primauté des droits humains. La résilience face à la crise multidimensionnelle ne viendra pas d’une libéralisation accrue, mais d’un soutien massif aux économies locales. En parallèle de leur libération du carcan de l’OMC, les États doivent aussi réguler les activités des sociétés transnationales et garantir que les chaînes de valeur mondiales ne soient plus des zones de non-droit.

Une telle rupture est le préalable nécessaire à une refondation de l’ordre commercial au sein du système des Nations Unies, seul cadre légitime pour instaurer un multilatéralisme par le bas, porté par les peuples et non par les marchés. C’est en replaçant l’humain et la nature au sommet de la hiérarchie des normes que nous pourrons transformer le commerce mondial en un vecteur de dignité.

Globaliser la lutte pour la souveraineté alimentaire, à travers une gouvernance démocratique, inclusive et fondée sur la coopération et la solidarité internationales, constitue aujourd’hui le seul moyen de globaliser l’espoir d’un avenir durable et juste.


Genève, 26 mars 2026


Voir aussi :

Appel à mobilisation contre l’OMC et le libre-échange de La Via Campesina : https://viacampesina.org/fr/appel-mondial-a-la-mobilisation-contre-lomc-et-les-accords-de-libre-echange/

Proposition d’un nouveau cadre juridique commerciale basé sur la souveraineté alimentaire : https://viacampesina.org/fr/un-nouveau-cadre-commercial-mondial-fonde-sur-la-souverainete-alimentaire-est-urgent-et-necessaire-la-via-campesina/

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