Les conflits au Sahara occidental

11/11/1996
Sous-Commission des droits de l'homme

Intervention au point 6 : violations des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Déclaration orale du CETIM.



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Monsieur le Président,

Le manque de détermination concrète de la part de la Communauté internationale pour faire respecter dans l’esprit et à la lettre le plan de paix initial qui doit mettre fin au conflit du Sahara occidental permet aujourd’hui au pays colonisateur d’intensifier ses intimidations et de continuer à pratiquer la disparition et l’emprisonnement de très nombreux Sahraouis – jeunes filles et jeunes gens souvent – dont le seul crime est de réclamer leurs droits et de manifester leur soutien à l’indépendance de leur pays. Quasiment sous les yeux des forces onusiennes, des Sahraouis, hommes et femmes, se font arrêter, torturer, disparaissent. C’est pourquoi le Centre Europe-Tiers Monde (CETIM) a jugé que cette assemblée se devait d’entendre le plaidoyer de Monsieur Lahcen Omar Abdessalam, président de l’Association des Familles des Prisonniers et des Disparus Sahraouis (AFAPREDESA), pour vous inviter à agir afin que les droits de l’homme soient enfin respectés au Sahara occidental.

Monsieur le Président,

La sortie de 310 Sahraouis des bagnes marocains en 1991 a fait naître bien des espoirs. Pourtant, force est de constater aujourd’hui que seuls six d’entre eux ont pu quitter le Maroc clandestinement. Les autres sont en résidence surveillée, sans indemnité, sans suivi médical. Leurs bourreaux, eux, jouissent de l’impunité la plus complète. Ceux qui s’étaient reconvertis en chauffeurs de taxi à El Ayoun se sont vus interdire la profession par le pacha de cette ville en mars 1996. Le recensement par l’AFAPREDESA fait aujourd’hui état de 526 personnes portées disparues.

En outre, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en septembre 1991, une centaine de Sahraouis ont été traduits devant un tribunal, souvent militaire, qui les a condamnés lourdement pour avoir manifester pacifiquement contre les forces occupantes. Un exemple: huit jeunes sahraouis, arrêtés lors de manifestations non violentes à El Ayoun les 11 et 12 mai 1995, ont été condamnés par le tribunal militaire de Rabat, le 21 juin 1995, à des peines allant de 15 à 20 ans de prison ferme.

Il s’agit de :

1- Ahmed Sid Ahmed LEKOURA

2- Ahmed Salama LEMBARKI

3- Abdelhay LEKHAL

4- Mahfoud Brahim DAHOU

5- Nabt Ramdane BECHRA

6- Brahim BABA LARBI

7- M’Rabih Rabou NISSANE

8- Cheikhatou BOUH

Le roi du Maroc s’est vu contraint, sous la pression internationale, de commuer leurs peines à une année de prison ferme. Mais selon les informations dont nous disposons, ces huit détenus sahraouis sont toujours incarcérés dans la prison de Salé (Maroc) malgré l’expiration de leur peine le 14 mai dernier.

Je rappelle également le cas du Sahraoui, Mohamed DADACH. Arrêté en 1976 comme prisonnier de guerre, il a été ensuite condamné à la peine capitale en 1980 (peine commuée en prison à vie en 1994) pour avoir tenté de regagner les rangs du Front Polisario. Actuellement, il se trouve toujours dans le quartier des condamnés à mort, à la prison civile de Kenitra.

Enfin, tout récemment, le 20 mai 1996, plusieurs jeunes Sahraouis ont été arrêtés à Boujdor pour avoir distribué des tracts et brandi des drapeaux de la République Arabe Sahraouie Démocratique.

Parmi les personnes arrêtées figurent:

1- Andala Cheikh Abilil

2- Abdellah Ouali Lekhfaouni

3- Salek Leghdaf Bambari

4- Abdellah Dafa Moharned

5- Moharned M’barek Kharchi

6- Saleh Mohamed-Lamin Baiba

7- Abdellah Mustapha Sid-Ahmed

8- Sid-Ahmed Ahmed Mustapha

9- Ahmed Nabt Ahmed

10- Mansour Ali Sid-Ahmed

Ces jeunes gens ont été torturés et interrogés à la prison secrète des Compagnies mobiles d’intervention à El Ayoun. Lors d’un procès inéquitable, certains ont été condamnés à des peines allant de 18 mois à 7 ans de prison.

Je terminerai par rappeler que souvent les autorités occupantes sont impliquées dans l’assassinat de civils sahraouis, à l’intérieur des centres de détention secrets, des prisons, des commissariats et je citerai le cas du jeune Mouloud Sid Ahmed Alamin, âgé de 15 ans, assassiné le 8 mars 1996 à l’intérieur du collège Der Aidek à El Ayoun par son professeur.

Devant cette réalité on peut se demander pourquoi l’ONU, présente sur ce territoire, garante des conventions internationales relatives aux droits de l’homme, garde le silence malgré la nomination de Monsieur Emmanuel Roucounas au poste d’expert des droits de l’homme au Sahara occidental par le Secrétaire général des Nations Unies, malgré la résolution 1056 du Conseil de sécurité du 29 mai 1996 qui, au point 8, demande aux parties de coopérer avec les Nations Unies pour la libération des prisonniers d’opinion sahraouis ainsi que l’échange des prisonniers de guerre.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les experts, prenez mon témoignage au sérieux, contrôlez-le s’il vous paraît suspect mais je vous demande expressément, au nom de tous les Sahraouis qui survivent parfois depuis 20 ans dans les prisons ou les bagnes marocains, de nommer une commission d’enquête qui devrait se rendre au Sahara occidental et dans les camps de réfugiés sahraouis pour rapporter à vos instances un bilan de la situation qui prévaut dans cette région, proche d’ici mais sur laquelle règne un trop lourd silence.

Je vous remercie


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