Le Centre Europe-Tiers Monde (CETIM) exprime sa solidarité avec les iraniens et les iraniennes dans leur lutte pour les droits économiques, sociaux, culturels et politiques. Il soutient leurs revendications légitimes pour la dignité, les droits humains, la justice sociale et une transformation démocratique fondée sur l’autodétermination et la souveraineté populaire.
Depuis des décennies, les iraniens et les iraniennes résistent à de multiples formes d’oppression : de l’autoritarisme interne à la coercition impérialiste. Leurs soulèvements les plus récents, des manifestations étudiantes de 2017-2018 au mouvement « Femme, Vie, Liberté », sont l’expression d’une aspiration profonde à l’émancipation. Non seulement pour se libérer des structures étatiques patriarcales et répressives, mais aussi des effets étouffants des sanctions unilatérales, de la guerre économique et des ingérences étrangères.
En ce sens, le CETIM réaffirme son rejet catégorique de toute forme d’intervention impérialiste. Cela inclut les agressions militaires ou les opérations clandestines en vue d’instaurer un gouvernement fantoche. Nous partageons la conviction, comme l’ont clairement exprimé les militantes iraniennes emprisonnées à la prison d’Evin que la libération « est possible par la lutte des masses et en s’appuyant sur les forces sociales et non en s’accrochant aux puissances étrangères » (1).
L’escalade récente des actions militaires israéliennes et étasuniennes contre l’Iran, soutenues ouvertement par certaines figures iraniennes externes, alignées sur les intérêts occidentaux, illustre une tendance dangereuse. L’histoire a montré à maintes reprises, du coup d’état iranien de 1953 à celui au Chili en 1973, en passant par l’Irak, la Libye, la Syrie et toute une longue série d’autres pays du Sud Global, que la « libération » imposée de l’extérieur ne mène pas à la démocratie, mais bien au chaos et à de nouvelles formes d’oppression et de domination. L’idée que les bombes ou les sanctions puissent apporter la liberté est un mythe qui sert les intérêts géopolitiques et économiques des forces impérialistes.
Le CETIM dénonce ainsi la normalisation de l’ingérence étrangère sous couvert de « soutien à la démocratie ». Opposer la répression interne à l’impérialisme est un faux dilemme. La véritable émancipation ne peut pas être parachutée de l’extérieure. Elle doit émerger de l’intérieur, par la lutte populaire des forces politiques iraniennes indépendantes, par la résistance des mouvements sociaux, des travailleuses et des travailleurs iraniens. En effet, malgré la précarisation des emplois et le non-respect des droits syndicaux, la lutte pour la justice sociale se poursuit, en s’attaquant tant au régime théocratique qu’à une économie de plus en plus inégalitaire sous l’effet des sanctions économiques, entre autres causes. C’est un système de double oppression dont les premières victimes restent les femmes, les travailleuses et travailleurs et la jeunesse.
Cela dit, quelles que soient les circonstances, tout gouvernement est tenu de protéger sa population qui exerce son droit de manifester. En ce sens, le CETIM condamne la répression brutale exercée contre les manifestant·e·s par les forces de l’ordre et les paramilitaires iraniens qui a fait des milliers de morts et d’arrestations.
Au vu de ce qui précède, le CETIM appelle :
à poursuivre en justice les violations et les crimes commis par les forces de l’ordre iraniennes et les groupes paramilitaires contre les peuples iraniens ;
au respect de la souveraineté de l’Iran et du droit des peuples à déterminer leur avenir sans ingérence extérieure ;
à l’arrêt immédiat et sans conditions de toutes les mesures coercitives unilatérales contre l’Iran, qui violent le droit international et nuisent en particulier aux classes populaires ;
à combattre tout projet politique piloté depuis l’extérieur qui serait assujetti à des puissances étrangères, tel que le projet de rétablissement de la monarchie ;
à condamner les actes impérialistes qui alimentent la militarisation et l’instabilité régionale ;
à une solidarité internationaliste envers les mouvements sociaux indépendants iraniens et à soutenir celles et ceux qui luttent pour la souveraineté, la justice sociale, l’égalité de genre et l’autodétermination.