Mapuche: criminalisation des dirigeants et projets d’investissement des STN

26/09/2018

Dans le domaine des droits de l’homme, le Chili connaît depuis plus de vingt ans une mobilisation croissante des peuples autochtones pour le respect de leurs droits à la terre, aux ressources naturelles et à la reconnaissance par l’État.

Les Mapuche sont directement confrontés aux projets d’investissement des sociétés transnationales dans les secteurs hydroélectrique et forestier.

Au cours de la 39e session du Conseil des droits de l’homme, la Rapporteuse spéciale sur les droits des peuples autochtones, Victoria Tauli-Corpuz, a présenté une étude thématique sur les agressions contre les militants autochtones.

Elle conclut dans son rapport que

“Les projets de développement à grande échelle sont les principaux facteurs à l’origine de l’intensification des attaques contre les peuples autochtones et de leur criminalisation. La mise en œuvre fréquente de tels projets doit cesser sans véritable consultation et sans mesures visant à obtenir le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones concernés.”

Le CETIM, en collaboration avec le Comité d’éthique contre la torture et le Colectivo Nueva Generaciones Chile (Collectif Chili Nouvelles Générations), a présenté  une déclaration écrite sur le phénomène de la criminalisation des luttes de revendication du peuple Mapuche au Chili.

“Le déni constant des revendications légitimes du peuple Mapuche par les compagnies forestières et l’Etat a pour conséquence la déprédation des espaces territoriaux associés à l’habitat nécessaire à la reproduction de la culture Mapuche, l’exploitation aveugle de la terre et des ressources en eau, et une politique de criminalisation avec des processus concrets d’assemblées vers des organisations et directions dans le but de désarticuler le mouvement Mapuche.”

La déclaration mentionne également que le gouvernement chilien utilise une loi antiterroriste, héritée de la dictature militaire, pour réprimer les dirigeants Mapuches et criminaliser les revendications légitimes de son peuple. Le Conseil des droits de l’homme a été informé qu’en septembre 2017, la loi antiterroriste a été utilisée pour accuser le porte-parole de la Coordination Arauco Malleco, Héctor Llaitul, d’un montage de faux témoignages des services de renseignement concernant un présumé trafic d’armes entre le Chili et l’Argentine.

Héctor Llaitul aurait dû être à Genève pour présenter son cas au Conseil des droits de l’homme, accrédité par le CETIM et invité par le Colectivo Nuevas Generaciones Chile, et rencontrer le Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones. Sa demande de passeport du 30 juillet 2018 n’a pas encore été traitée, son droit constitutionnel de libre transit n’a pas été respecté. Cette situation a été dénoncée dans l’intervention du CETIM le mercredi 19 septembre, lors du débat interactif avec le Rapporteur spécial.

 

Le même jour, dans la matinée, le CETIM est intervenu sur le débat sur l’inclusion des peuples autochtones dans l’Agenda 2030 du développement durable. Nous avons exprimé notre inquiétude quant au fait que

“l’État chilien pourrait se retirer de la Convention 169 (de l’OIT), décision qui représenterait une régression des droits des peuples autochtones au Chili et en Amérique latine. »

 

La criminalisation des revendications légitimes des peuples autochtones, dans le cadre de la lutte contre les projets des sociétés transnationales, est un problème mondial qui engage la responsabilité des États. Le Chili ne fait pas exception à ce phénomène inquiétant d’agression contre le peuple Mapuche. La solution passe nécessairement par la recherche de voies politiques impliquant tous les acteurs du conflit, y compris les secteurs injustement stigmatisés.

Le CETIM, le Comité d’éthique contre la torture et le Colectivo Nueva Generaciones Chile demandent au gouvernement chilien d’assurer la protection des dirigeants autochtones, conformément aux engagements internationaux en matière de droits humains.

Catégories Actualités Articles Droits économiques, sociaux et culturels Droits humains
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