Le CETIM exprime sa solidarité avec la lutte du peuple bolivien contre les politiques néolibérales du gouvernement oligarchique de Rodrigo Paz et la tutelle des institutions financières internationales. Ce soulèvement social d’ampleur nationale est porté principalement par les mouvements et organisations paysannes-autochtones, et avec le soutien des organisations ouvrières, syndicales, étudiantes, ainsi que des quartiers populaires. Ces mobilisations traduisent le rejet inconditionnel des secteurs populaires de la dégradation de leurs conditions de vie, causée par les politiques d’austérité et l’assujetissement du gouvernement aux politiques impérialistes étatsuniennes et des institutions précitées.
Cette crise trouve son origine dans une dégradation rapide de la situation économique et sociale : hausse de la pauvreté, inflation galopante, chute des salaires, coupes dans les subventions publiques, réduction drastique des services essentiels (alimentation, santé, éducation, transport), entre autres. Ces mesures sont justifiées au nom de la « stabilisation économique », mais elles transfèrent en réalité le coût de la crise sur les secteurs populaires.
À cela s’ajoutent les conditionnalités imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et les institutions financières internationales, qui orientent les politiques publiques vers la réduction des dépenses sociales, la flexibilisation économique et l’ouverture accrue aux capitaux étrangers. Dans de nombreux pays, dont la Bolivie dans les années 1990, ces politiques d’ajustement structurel ont déjà conduit aux mêmes effets : privatisations, recul des droits sociaux, aggravation des inégalités et extrême pauvreté.
Au cœur de la crise se trouve également la question stratégique des ressources naturelles. La Bolivie possède des réserves majeures de lithium, de terres rares et de ressources minières, devenues centrales dans les chaînes de valeur transnationales. Les politiques actuelles ouvrent ces secteurs à une insertion accrue dans les circuits du capital transnational, sous la pression des marchés financiers et des intérêts des sociétés transnationales.
Une autre cause majeure de la crise réside dans l’adoption de la loi 1720, promulguée en avril 2026, qui opère une véritable contre-réforme agraire au profit des intérêts de l’agrobusiness. Sous couvert de faciliter l’accès au crédit pour les petits producteurs, cette législation dénature le statut des petites exploitations agricoles, pourtant protégées par la Constitution bolivienne en tant que patrimoine familial inaliénable. En permettant leur transformation en exploitations de taille moyenne pouvant être hypothéquées, le gouvernement ouvre sciemment la voie à une dépossession foncière de grande ampleur. Cette mesure viole de manière flagrante l’article 17 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), qui garantit le droit à la terre et exige des États qu’ils protègent les travailleurs ruraux et la paysannerie contre l’aliénation arbitraire de leurs moyens de subsistance.
Dans ce contexte, la lutte populaire prend également la forme d’une réaction naturelle face au non-respect des promesses de campagne et du programme gouvernemental proposés pendant la période préélectorale.
Parallèlement, ces mobilisations expriment une défense de la souveraineté nationale et populaire sur les ressources naturelles face à un gouvernement de plus en plus aligné sur les intérêts des États-Unis et des sociétés transnationales. Pour les mouvements sociaux, il s’agit de s’opposer à une nouvelle phase d’appropriation privée des ressources stratégiques et de marchandisation des biens communs.
Dans ce contexte, il convient de souligner que les mobilisations sont l’expression d’un exercice plein et entier des droits civils et politiques du peuple bolivien, de son droit à la liberté d’association, à la liberté d’expression et d’opinion, propre à un système démocratique.
Face à l’ampleur des mobilisations, le gouvernement répond par la militarisation du pays, la menace d’un état d’urgence et la répression des mobilisations. Sous couvert de “restauration de l’ordre”, ces mesures visent à briser la dynamique de contestation populaire. Elles s’accompagnent d’arrestations, de poursuites judiciaires et de tentatives de criminalisation du mouvement social. Des actes de coercition qui constituent de violations flagrantes du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
Nous condamnons fermement ces pratiques, ainsi que toute tentative de délégitimer les mobilisations en les présentant comme des complots ou des opérations politiques. Les protestations expriment une colère sociale réelle et profondément enracinée dans les conditions matérielles de vie de la majorité de la population.
La situation en Bolivie ne peut être comprise isolément. Elle s’inscrit dans une conjoncture régionale marquée par une intensification de la stratégie impérialiste étasuniennes, qui provoquent un durcissement des rapports de force en Amérique latine.
Dans plusieurs pays, on observe la montée en puissance ou la consolidation des forces d’extrême droite (Argentine, Chili, Équateur, Salvador, Honduras, Paraguay, Bolivie), le renforcement des projets néolibéraux autoritaires et, dans certains cas, des coups de force ou des épisodes de déstabilisation politique.
Le mouvement bolivien s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de résistance populaire en Amérique latine. On observe également une montée des formes d’auto-organisation : comités de grève, assemblées locales, coordinations communautaires. Ces formes d’organisation expriment une volonté d’orienter du renouveau du mouvement social par ses bases.
Les femmes jouent un rôle déterminant dans ces mobilisations, tant dans l’organisation des mobilisations que dans la défense sociale et politique du mouvement. Leur engagement souligne la dimension profondément sociale et collective de la lutte.
Aujourd’hui, en Bolivie comme ailleurs en Amérique latine, la lutte contre l’oligarchie, contre la domination des institutions financières internationales et contre l’ingérence impérialiste est indissociable d’une lutte pour la justice sociale, pour le droit des peuples à l’autodétermination et pour la souveraineté populaire.
Dans la tradition de la solidarité internationaliste portée par le CETIM, nous réaffirmons notre soutien aux peuples, aux organisations et aux communautés qui résistent aux politiques de dépossession et construisent des alternatives fondées sur la justice sociale, la démocratie réelle et la souveraineté populaire (en priorité culturelle, alimentaire et énergétique).
Face à cette situation, nous exhortons les autorités boliviennes à respecter leurs engagements internationaux en matière de droits humains, notamment en matière de droit à la liberté d’association et d’expression, ainsi que de droits des paysans. D’autant plus que l‘État plurinational de Bolivie a joué un rôle moteur essentiel pour la négociation et élaboration de la Déclaration de l’ONU sur les droits des paysans.
Enfin, nous appelons tous les peuples, organisations et mouvements sociaux à se mobiliser en solidarité avec la lutte existentielle du peuple bolivien.