Fin de l’ONU et du droit international ?

03/02/2026
Chronique publiée dans la « Tribune de Genève » le 02.01.2026

Le président américain a annoncé à Davos la création d’une organisation alternative aux Nations Unies. Mais cette structure concentre tous les pouvoirs entre ses mains et menace le système multilatéral avertit Melik Özden, directeur du Cetim (Centre Europe – Tiers-Monde)

Le 22 janvier dernier, le prédateur président des États-Unis a annoncé, au Forum économique mondial (Davos), la création d’un Conseil de la paix. Présentée comme une organisation alternative à l’ONU, cette organisation ressemble plus à un club privé de Donald Trump qu’à une organisation internationale digne de ce nom.

En effet, une lecture rapide de la charte dudit Conseil nous apprend que tout le pouvoir est concentré entre les mains de son président, Donald Trump, qui siégera probablement à vie (chapitre III). Il est inutile de parler de son mandat ou de ses objectifs sommaires. Tout indique que cette structure a été créée sur mesure pour servir les intérêts politiques de son initiateur et pour torpiller l’ONU.

Cette démarche ferait sourire si elle n’émanait pas du président de la première puissance militaire mondiale. Une fois de plus, cette dernière viole le droit international et affirme sa volonté de détruire le système multilatéral incarné par l’ONU.

L’actuel président des États-Unis est en train de façonner son pays à son image ‒ vouloir le diriger comme une entreprise privée ‒ et souhaite imposer ce modèle à l’échelle mondiale. En effet, il a recours, de manière systématique, aux interventions militaires, aux sanctions économiques ou aux menaces contre les États et leurs dirigeants, considérés comme des obstacles aux desseins impérialistes des États-Unis. L’enlèvement du président en exercice du Venezuela (Nicolas Maduro), les menaces contre ses alliés européens (Groenland) ou le récent deal avec les djihadistes en Syrie s’inscrivent dans ce registre. Ces pratiques créent non seulement des crises humanitaires dans les pays concernés (Afghanistan, Irak, Palestine, Syrie, Venezuela, Cuba, Soudan, Somalie…), mais bloquent également leur développement aussi bien dans les domaines économique et social que politique et culturel. C’est dire que le président états-unien fait peu de cas de la vie et des droits des peuples, comme le révèle sa vision d’un investissement foncier à Gaza, se rendant complice ainsi d’un État génocidaire, pour ne prendre que cet exemple.

Que faire face à une superpuissance qui veut imposer la loi du plus fort au monde entier, en visant systématiquement au démantèlement du système multilatéral et en piétinant la souveraineté des autres États et le droit des peuples à l’autodétermination?

Tout d’abord, tout État digne de ce nom doit disposer de structures démocratiques participatives et respecter la volonté de son/ses peuple(s). Il doit aussi respecter et faire respecter non seulement sa souveraineté, mais aussi le droit à l’autodétermination des autres peuples. Pour cela, les États doivent s’engager collectivement et résolument dans la défense du droit international, qui interdit clairement le recours à la force dans le règlement des différends.

Dans ce contexte, la Charte de l’ONU conserve toute sa pertinence. Elle est conçue pour protéger les faibles contre l’arbitraire du plus fort. Le Conseil de la paix ne peut en aucun cas remplacer l’ONU, qui ne se résume pas à son Conseil de sécurité. Il s’agit d’une institution qui régit, avec ses multiples organes et agences, pratiquement tous les domaines de la vie depuis maintenant 80 ans. Il n’est donc pas possible de l’écarter d’un revers de la main, au risque de créer un chaos dans les relations internationales.

C’est pourquoi tous les États membres de l’ONU doivent défendre le système multilatéral et le rendre plus démocratique. En ce qui concerne la Suisse, elle doit rapidement se distancier de ce pseudo-Conseil de la paix.

Melik Özden directeur du CETIM

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