Le CETIM est extrêmement préoccupé par l’évolution de la situation en Syrie. Il réaffirme son soutien aux peuples, mouvements sociaux et autres groupes engagés dans l’édification d’une Syrie démocratique, souveraine et respectueuse de la diversité ethnique et culturelle du pays.
Depuis plus de 15 ans, la Syrie est plongée dans un maelstrom de violence. La guerre civile, en plus d’avoir détruit les vies de dizaines de milliers de personnes, a aussi durement affaibli les institutions syriennes qui assumaient sa souveraineté. Dès le début du conflit, les ingérences ont servi des agendas alignés sur différents intérêts impérialistes et colonialistes.
Dans ce chaos, une lueur d’espoir pour le futur de la Syrie a vu le jour en 2012 dans les régions du Nord-Est du pays (communément appelées Rojava). Un projet politique fondé sur la participation populaire, multiethnique et multiconfessionnelle ainsi que sur l’égalité de genre, s’est développé, faisant face à des menaces constantes. La première de ces menaces a été l’établissement du califat de l’État Islamique. Les forces kurdes et leurs alliés, aujourd’hui regroupées sous l’acronyme de FDS (Forces Démocratiques Syriennes), ont payé un lourd tribut pour vaincre la menace réactionnaire de l’État Islamique (plus de 20 000 personnes tuées). Depuis l’affaiblissement de l’État Islamique ce sont encore les forces de l’Administration autonome du Nord-Est Syrien (AANES) qui ont pris à leur charge la gestion des plus de 30 000 prisonniers de l’État Islamique, ainsi que des milliers de déplacés de guerre venus se réfugier dans cette région.
Depuis le début de la guerre en Syrie les ingérences internationales et régionales se sont multipliées, provenant de différents axes d’intérêt géopolitiques (États-Unis, Russie, Iran, Israël et Turquie notamment). En effet, les puissances militaires (régionales et internationales) occupent encore aujourd’hui des portions de territoires syriens : dès 2018 la Turquie avec ses proxys de la SNA (Syrian National Army) s’est emparée au Nord de plus de 9 000 km2 (note 1) ; Israël, outre l’occupation du plateau du Golan depuis 1967, occupe au Sud environ 600 km2 depuis la chute du régime de Bachar El-Assad (note 2) en 2024. Quant aux forces de la coalition internationale (entres autres les États-Unis, l’Arabie Saoudite, Israël et le Qatar), elles financent, entraînent et arment des milices djihadistes qui commettent de nombreux crimes de guerre en Syrie. Il est important de remarquer que c’est suite à des accords commerciaux signés avec le gouvernement de facto de Al Charaa (ancien commandant du groupe djihadiste Hayat Tahrir al Sham), quelques jours avant le début de l’offensive actuelle (note 3), que le gouvernement états-unien a opéré un retournement stratégique mettant fin à son soutien militaire aux FDS. L’arrangement entre le gouvernement provisoire de la Syrie et Israël concernant le plateau du Golan ferait aussi partie de ce retournement (note 4).
En 2024, la chute définitive du régime de Bachar El-Assad marque un nouveau tournant dans le conflit. Cependant sa chute n’est pas synonyme de paix pour la Syrie. Le pouvoir centralisé entre les mains de Al Charaa s’est depuis attelé à éliminer toute opposition politique dans une recherche effrénée d’hégémonie. Cela s’illustre par des massacres et opérations militaires menées contre les minorités religieuses, comme les alaouites et les druzes (note 5).
Aujourd’hui ce sont les minorités du Nord-Est syrien qui sont visées par les forces militaires de Damas. Les Kurdes, les Arméniens, les Assyriens et les autres minorités de cette région font actuellement face à une menace réelle de génocide. Les combattants du gouvernement de facto (composé de milices de HTS, SNA et de gangs de l’Organisation État Islamique) s’affichent sur les réseaux sociaux avec des discours appelant au meurtre de civils, allant même jusqu’à brandir des drapeaux de l’État Islamique annonçant la vengeance qu’ils comptent appliquer à celles et ceux qui les ont défaits il y a un peu moins de 10 ans.
L’avancée rapide des milices djihadistes, comme gouvernementales, à l’Est de l’Euphrate et les exactions qu’elles commettent, nous font craindre le pire. Les images des prisons, dans lesquelles étaient détenus les anciens membres de l’Organisation État Islamique, et de cellules vidées par les membres de HTS célébrant leur libération, se multiplient sur internet.
Seul un processus multilatéral et populaire peut mettre un terme au cycle de violence que subissent les populations syriennes depuis bientôt deux décennies. Les ingérences d’États tiers sont un obstacle pour la mise en place d’un tel processus. La paix et la transition démocratique en Syrie ne pourront être assurées que dans le cadre d’une coopération internationale de bonne foi et du système multilatéral qui protège les droits fondamentaux des peuples.
Le CETIM appelle :
• à l’arrêt immédiat de l’offensive militaire contre les territoires du Nord-Est Syrien ;
• à la mise en oeuvre d’un cessez-le-feu permanent sous l’égide des instances internationales afin d’éviter le prolongement de la guerre civile en Syrie ;
• au respect de la souveraineté de la Syrie et à la fondation d’un État syrien en conformité avec le droit à l’autodétermination des peuples
• au retrait des troupes d’occupation turques, israéliennes et états-uniennes au profit d’une force internationale chargée d’assurer le respect du cessez-le-feu ;
• à la garantie du retour sur leurs terres des personnes déplacées ;
• à la solidarité internationale avec les peuples et mouvements sociaux syriens ;
• à l’assistance technique et financière internationale pour la reconstruction de la Syrie.
Genève, le 28 janvier 2026
Notes :
1) https://theconversation.com/understanding-the-violence-against-alawites-and-druze-in-syria-after-assad-255292
2) https://www.i24news.tv/en/news/israel/diplomacy/artc-israel-syria-to-finalize-u-s-brokered-security-deal-soon-as-developments-accelerating-noticeably-syrian-source-tells-i24news
3) https://www.forbesmiddleeast.com/industry/energy/shells-exit-and-chevrons-entry-heres-how-syrias-oil-industry-is-evolving
4) https://www.dohainstitute.org/en/PoliticalStudies/Pages/israeli-policy-on-syria-after-fall-of-assad-regime.aspx
5) https://www.tdg.ch/chute-des-assad-la-turquie-va-envahir-le-nord-de-la-syrie-225123959141