Des experts de l’ONU appellent les autorités britanniques à protéger les grévistes de la faim et à mettre fin à la criminalisation de la solidarité avec la Palestine

28/12/2025

COMMUNIQUÉ DE PRESSE CONJOINT

CETIM et Landworkers’ Alliance
Genève, Londres, 28 décembre 2025

En décembre 2025, le CETIM et Landworkers’ Alliance ont saisi en urgence mécanismes de protection des droits humains de l’ONU afin de dénoncer la situation extrêmement inquiétante de huit grévistes de la faim en détention provisoire au Royaume-Uni, et d’exiger des autorités britanniques des mesures immédiates pour garantir leurs droits fondamentaux. Cette démarche vise également à dénoncer la criminalisation croissante des mouvements de solidarité avec la Palestine . À la suite de cette saisine, des experts de l’ONU sont intervenus en exhortant les autorités britanniques à protéger la vie et les droits des détenu·es en grève de la faim.

Voir le communiqué de presse des experts de l’ONU : https://www.ohchr.org/en/press-releases/2025/12/un-experts-urge-uk-protect-lives-and-rights-pro-palestinian-detainees-hunger

Les huit personnes emprisonnées font partie d’un groupe plus large de 33 militant·es pro-palestiniens placé·es en détention provisoire pour des actions de protestation menées en solidarité avec le peuple palestinien. La plupart sont incarcéré·es depuis plus d’un an sans jugement et se voient systématiquement refuser la libération conditionnelle, sur la base d’accusations de « soutien au terrorisme ». Plusieurs des faits reprochés sont pourtant antérieurs à l’interdiction, en vertu de la loi antiterroriste britannique (datant de juillet 2025), du mouvement Palestine Action. A noter que l’interdiction de ce mouvement relève d’une violation flagrante des normes en matière de liberté d’expression, d’association et de réunion pacifiques, consacrées par le droit international.

Les grévistes de la faim dénoncent des conditions de détention punitives et dégradantes, incluant de sévères restrictions de communication avec leurs familles et leurs avocats. De plus, leur prise en charge médicale est largement insuffisante. En effet, dans au moins un cas, une personne aurait été laissée sans assistance médicale pendant plusieurs heures malgré des appels répétés à l’aide. 

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de répression systématique des mobilisations en soutien à la Palestine dans le pays. Dès janvier 2025, quatre Rapporteurs spéciaux des Nations unies ont alerté le gouvernement britannique sur l’usage abusif des mesures antiterroristes à l’encontre de militant·es pro-palestiniens et sur l’aggravation de leurs conditions de détention. En juillet 2025, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a qualifié l’interdiction de Palestine Action d’« usage inquiétant » et sans précédent de la législation antiterroriste. Le 25 décembre 2025, les experts de l’ONU ont réaffirmé que « ces grèves de la faim doivent être comprises dans le contexte plus large des restrictions imposées à l’activisme pro-palestinien au Royaume-Uni ».

Soixante-deux parlementaires britanniques ont signé une motion concernant la grève de la faim et exprimant leur inquiétude quant au traitement des prisonnier·es. De nombreuses expressions de préoccupation et de solidarité ont également été formulées par de multiples organisations humanitaires, au niveau national et international. Le gouvernement britannique continue cependant de refuser d’agir. Le Ministre de la Justice a décliné toutes les demandes de rencontre, alors même que la vie des détenu·es est en danger.

En saisissant les mécanismes pertinents de l’ONU, le CETIM et la Landworkers’ Alliance visent avant tout à protéger les droits des grévistes de la faim, persécuté·es pour exprimer leur solidarité avec la Palestine. En ce sens, nos organisations saluent l’interpellation des mécanismes onusiens, ayant rappelé les obligations internationales du Royaume-Uni, notamment en ce qui concerne l’interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants, le droit à un procès équitable, ainsi que les libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique. Nous appelons à la libération immédiate de tou·tes les prisonnier·es politiques, à l’établissement des responsabilités et à des réparations pour les préjudices causés par les autorités britanniques.

Le CETIM et Landworkers’ Alliance réaffirment leur soutien aux mouvements sociaux mobilisés et engagés dans la solidarité internationaliste, et en particulier à celles et ceux qui, au prix de leur liberté et aujourd’hui de leur vie, défendent les luttes de libération nationale, le droit à autodétermination des peuples, la justice sociale et le respect du droit international.

La solidarité n’est pas un crime.


Version PDF du communiqué ici


Contact : 
Raffaele Morgantini, Représentant du CETIM auprès de l’ONU à Genève, raffaele@cetim.ch


Note:
La Landworkers’ Alliance est un syndicat rural basé au Royaume-Uni qui regroupe des petits agriculteurs, des cultivateurs, des forestiers et des travailleurs agricoles. Il vise à créer un meilleur système alimentaire et foncier grâce à l’agroécologie, à la souveraineté alimentaire et à la justice sociale. En tant que membres de La Via Campesina, un mouvement paysan mondial, nous nous opposons à toutes les formes de colonialisme et à l’oppression de nos collègues travailleurs agricoles à travers le monde. Le génocide en Palestine a décimé le système alimentaire et agricole palestinien et créé une famine artificielle. En Cisjordanie occupée, la violence des colons soutenue par l’État et l’occupation israélienne menacent l’existence même des fermes et des systèmes alimentaires palestiniens. Amu Gib, membre de la Landworkers’ Alliance, est l’un des huit prisonniers en attente de jugement pour avoir prétendument mené une action directe en signe de protestation contre la complicité du Royaume-Uni dans le génocide. Il a entamé une grève de la faim en novembre 2025. Ces derniers jours, quatre des grévistes de la faim ont interrompu leur grève à la suite d’urgences médicales qui ont conduit à leur hospitalisation, mais les autres prisonniers continuent de refuser de s’alimenter.

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