Le droit aux semences menacé par l’agrobusiness

02/11/2026

Paru dans « Voix-Populaire » le 19 octobre 2026. Voir ici

«75% des cultures qui constituent aujourd’hui la base de notre alimentation sont concentrées en quelques espèces. Les systèmes agricoles deviennent plus vulnérables au changement climatique», explique le paysan et militant argentin, Diego Montón, lors d’une conférence à l’invitation du Cetim.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 9 espèces seulement (riz, blé, maïs, pomme de terre, soja, canne à sucre, etc.) fournissent aujourd’hui plus de 60% à 66% de toutes les calories végétales consommées par l’humanité. De plus, 75% de la diversité génétique des cultures a disparu au cours du XXe siècle, car les agriculteurs ont été poussés à abandonner leurs variétés locales pour des semences commerciales uniformes. «On subit une baisse dramatique de la diversité génétique de la nature, nécessaire pour affronter les crises climatique et alimentaire», souligne Diego Montón.

Les grands responsables? Un oligopole puissant, comprenant quatre grandes multinationales (Bayer, Corteva, Syngenta/ChemChina, et BASF) qui contrôle plus de 50% à 60% du marché mondial des semences commerciales et la majorité des produits agrochimiques. Celles-ci privilégient des semences hybrides et uniformes qui fonctionnent en pack avec leurs propres engrais et pesticides.

Pour maintenir le système, elles recourent à des brevets et des lois interdisant souvent aux agriculteurs de resemer, de croiser ou de troquer leurs propres graines, ce qui étouffe la biodiversité locale au profit de catalogues industriels figés. Ceux-ci sont protégés par le Traité de l’UPOV (Union internationale pour la protection des obtentions végétales) et sa version la plus récente de 1991, qui protège les nouvelles variétés de plantes par un droit de propriété intellectuelle. Ces restrictions à l’usage de semences paysannes sont incluses dans le traité entre le Mercosur et l’Union européenne et la Suisse.

Méfiance des nouvelles techniques génomiques

«Les grandes monocultures induisent une perte de qualité nutritive énorme et augmentent les maladies des plantes et du sol», a renchéri Isabel Vilalba Seivanea, productrice et représentante de la direction de la coordination européenne du syndicat de base de la Via Campesina. Pour elle, un exemple emblématique atteste de la voracité des entreprises privées. Par le passé, l’une d’elles a breveté le nom du fameux piment de Padron (localité de Galice connue pour cette production locale utilisée en tapas) pour en obtenir l’exclusivité. Pour contourner la difficulté, les communautés rurales ont rebaptisé leur production traditionnelle en piment de Herbón et finalement obtenu une dénomination d’origine protégée (DOP) sur cette semence. Elle s’est aussi inquiétée de l’adoption récente de réglementations sur les produits issus des nouvelles techniques génomiques (NTG), soumises elles aussi à la propriété intellectuelle. «Nous pensons que notre principal outil est l’agrobiodiversité. Nos semences traditionnelles, qui sont plus résilientes, adaptées et diversifiées, représentent plus de 80% de la biodiversité semencière et jouent un rôle fondamental», souligne-t-elle.

La militante du Zimbabwe, Elizabeth Mpofu, a aussi rappelé qu’en Afrique, les semences sont sélectionnées, conservées et échangées depuis des générations par les femmes et que les lois commerciales sur les semences menaçaient ce patrimoine. Face à tous ces risques, ces délégués ont réitéré leurs demandes devant le Conseil des droits humains de l’ONU pour que l’article 19 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP) soit respecté. «Pour que cette nécessité devienne réalité, la lutte et les mobilisations sont essentielles», a insisté Melik Özden, directeur du Cetim et responsable du Programme droits humains de l’ONG.

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