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Sociétés transnationales et droits humains
Transnational Corporation and Human Rights
Empresas transnacionales y derechos humanos

 

I.4 Les Républiques Maquilas

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I.6 Corporations, Environmental Practices and Human Rights

 

 

 

I.5 Chiquita, révélations sur les pratiques d'une multinationale

 

 

 

Les Magasins du Monde OXFAM - enquête du Cincinnati Enquirer*

 

1. Pesticides : un danger de mort

1.1 Des travailleurs aspergés (Cocobola Farm, nord-est du Costa Rica)

Face à la concurrence effrénée au sein de l'industrie de la banane, Chiquita ne ménage pas ses efforts pour être perçue comme la pionnière en matière de protection de l'environnement.

Sur ses brochures, ses posters et son site web, Chiquita proclame haut et fort le partenariat conclu avec Rainforest Alliance, une organisation new-yorkaise de défense de l'environnement mondialement connue pour ses partenariats avec de grandes entreprises.

Depuis 1993, Chiquita et Rainforest Alliance travaillent ensemble au programme « ECO-OK/Better Banana », un programme de certification écologique visant à protéger l'environnement et les travailleurs des bananeraies costaricaines de COBAL (Companies Babera Atlantica Ltda.) et de la Chiriqui Land Company, deux filiales de Chiquita. A l'origine, ce programme s'appelait « ECO-OK », mais il fut rebaptisé par la suite « Better Banana » et élargi au Panama et à la Colombie. Une enquête du Cincinnati Enquirer sur l'usage des pesticides dans les bananeraies prouve que Chiquita ne respecte pas ses propres directives et engagements en matière d'environnement et ne garantit pas la sécurité de dizaines de milliers d'ouvriers agricoles.

 Le Cincinnati Enquirer a notamment constaté que:

Plusieurs scientifiques, tant en Amérique Centrale, qu'en Europe et aux Etats-Unis, critiquent ces pratiques. Selon eux, le modèle écologique de « Better Banana » est malhonnête, superficiel et invérifiable. Pour Catharina Wesseling, chercheuse à l'institut Karolinska de médecine environnementale de Stockholm et auteur du livre Health Effects from Pesticide Use in Costa Rica, « il s'agit plus de changements superficiels que d'autre chose. Ils ne s'attaquent pas aux vrais problèmes ». Un membre de l'organisation de protection de l'environnement Conservation International, qui a visité, à la demande de Chiquita, les filiales ayant obtenu le certificat, a pourtant déclaré que le projet « Better Banana » était « très positif ».

Mais les scientifiques qui critiquent le programme affirment que le certificat ne résout pas le vieux problème de l'industrie de la banane.L'emploi de pesticides - avec les dangers qu'ils représentent pour les travailleurs, les habitants et l'environnement en Amérique Latine - reste préoccupant. S'il est vrai que la Food and Drug Administration contrôle la teneur en pesticides des bananes importées aux Etats-Unis et déclare que les résidus de pesticides contenus dans la grande majorité des bananes restent en deçà des normes de sécurité de l'EPA, les scientifiques et les écologistes font remarquer que les pesticides constituent surtout un danger pour les travailleurs et l'environnement où les bananes sont cultivées.

Dans sa charte de défense de l'environnement, Chiquita se donne pour objectifs de « protéger la forêt vierge, préserver la pureté de l'eau, réduire l'utilisation des pesticides agricoles, diminuer leur abus, les réutiliser et les recycler, encourager l'éducation à l'environnement et assurer la formation des travailleurs ainsi que leur sécurité. » Ces lignes de conduite sont soutenues par Rainforest Alliance.

Or, le Cincinnati Enquirer a découvert que les filiales de Chiquita pulvérisaient sur leurs plantations un cocktail toxique de puissants pesticides sans faire évacuer les travailleurs. Ces arrosages par avion s'effectuent jusqu'à 40 fois par an lorsqu'une maladie grave attaque les bananiers. Et les pesticides ne touchent pas seulement les travailleurs, ils polluent également les villages, les rivières et les bois environnants. Selon Eric Holst, le coordinateur de « Better Banana » à New York, ces pulvérisations sont interdites par le programme. « Nous exigeons que les travailleurs soient protégés pendant l'application des pesticides. » Dole et Del Monte, les deux autres grandes multinationales de la banane, ont aussi recours aux arrosages par avion. Mais ni l'une ni l'autre ne participent au programme « Better Banana » ni n'ont annoncé publiquement une alliance avec un mouvement de protection de l'environnement visant à limiter l'exposition des travailleurs aux pesticides.

Chiquita a transmis au Cincinnati Enquirer une liste des pesticides qu'elle autorise dans ses bananeraies. Pour les arrosages par avion, l'entreprise utilise les fongicides propiconazole, benomyl, mancozeb, azoxystrobin, thiophanate-méthyl, tridemorph et bitertanol. Le propiconazole et le benomyl sont, selon l'EPA, potentiellement cancérigènes. Le mancozeb, l'azoxystrobin, le thiophanate-méthyl et le tridemorph sont, toujours selon le Ministère de l'Environnement, nocifs pour les poissons. L'emploi du bitertanol n'est pas autorisé aux Etats-Unis. tandis que l'azoxystrobin et le tridemorph sont interdits au Canada.

Dans les bananeraies, les travailleurs vivent dans la crainte constante des arrosages par avion dont ils ne sont jamais prévenus. « Les effets les plus courants dont souffrent les ouvriers, ce sont les éruptions cutanées, » raconte Luis Perez Jimenez (31 ans), émondeur sur la plantation de Cocobola. « Ils ne nous préviennent jamais des arrosages par avion. Nous les voyons arriver, et un peu plus tard, ça nous tombe dessus. »

Luis explique qu'il reste une mince pellicule blanche sur sa peau et ses vêtements après l'arrosage. Chargé de couper les feuilles malades des plantes, il n'a pas de vêtements de protection. « Cette substance blanche se dépose sur mes bras et mes vêtements. J'ai souvent des éruptions cutanées » (José Gomez, 45 ans), un autre travailleur de la plantation de Cocobola, confirme le fait que les avions passent sans prévenir. « On est en train de travailler, et puis, tout à coup, on les voit, » raconte-t-il aux journalistes du Cincinnati Enquirer, tandis qu'il se tient entre deux rangées de bananiers luxuriants. « J'essaie de me cacher sous les feuilles des bananiers lorsque j'entends les avions. Car si les produits chimiques tombent sur moi, j'ai des éruptions cutanées dans le dos. J'essaie d'être prudent et de me cacher. » José ajoute qu'il a peur des effets à long terme des pesticides sur sa santé, mais ce travail est le seul qu'il a trouvé dans la région.

A Cocobola, une des grandes bananeraies de COBAL, et sur la plantation voisine de Gavilan, qui appartient aussi à COBAL, il peut y avoir des centaines de travailleurs en même temps dans les champs. La bananeraie est traversée de canaux d'irrigation et se trouve à proximité du Rio Sucio, un fleuve du nord-est du Costa Rica. Les petits avions pulvérisateurs volent à basse altitude au-dessus des bananiers et pulvérisent des nuages de pesticides qui se déposent non seulement sur les grandes feuilles des arbres, mais aussi sur les travailleurs, les riverains des plantations et les animaux ou bien tombent directement dans l'eau.

Deux journalistes du Cincinnati Enquirer ont appris à leurs dépens à quel point l'air étouffant sentait les pesticides après un arrosage. Les résidus des pesticides recouvraient tout et il devenait difficile de respirer. Dans le village de Bananito Norte, au coeur de la région des bananeraies, Esther Rodriguez Anchia vit avec son mari et ses trois enfants dans une petite cabane en bois, non loin d'une entreprise d'emballage de Chiquita et de plusieurs bananeraies de ses filiales. Rodriguez a raconté aux journalistes que, lorsque les avions pulvérisateurs survolent le village, sa famille est arrosée de produits chimiques. « Ils ne préviennent pas. Ils viennent simplement, généralement une fois, parfois deux fois par semaine. Mes enfants souffrent d'éruptions cutanées lorsque les avions passent. Je les fais rentrer, mais ça ne sert à rien. Moi-même je suis très allergique, donc j'en souffre encore plus. Je dois chaque fois aller chez le médecin. » Rodriguez a ajouté qu'elle s'était mise à détester le village à cause des arrosages aériens. « Je partirais volontiers très loin d'ici. »

Chiquita clame fièrement que le programme « Better Banana » fournit aux travailleurs une formation et des vêtements de protection. Mais des milliers d'entre eux dans les bananeraies, tels que Luis Perez et José Gomez dans la plantation de Cocobola, n'en reçoivent pas. Les journalistes du Cincinnati Enquirer ont pu le constater de leurs propres yeux. Des travailleurs, des dirigeants syndicaux et des membres de l'entreprise leur ont expliqué que les ouvriers qui n'étaient pas directement impliqués dans l'application ou l'entreposage des pesticides ne recevaient pas de vêtements de protection.

« Les avions survolent les bananeraies et surprennent ces pauvres gars » résumait Sandra Marquardt, une consultante en défense de l'environnement à San Francisco qui, il y a quelques années, dirigeait une action de Greenpeace International visant à mettre un terme aux exportations par des firmes américaines de pesticides interdits.

En réponse aux questions du Cincinnati Enquirer, Chiquita a transmis un document de trois pages expliquant que les arrosages par avion étaient nécessaires pour combattre la maladie des bananes appelée « black Sigatoka ». Cette maladie cryptogamique se répand dans l'air, provoque l'apparition de lignes sur les feuilles et rend le fruit plus petit. Si elle n'est pas enrayée, la plante meurt.

Selon les informations communiquées par les juristes de Chiquita, l'entreprise a demandé à des organisations de consultance en environnement d'effectuer des contrôles de l'eau des rivières de la région. La pollution constatée serait minime. Le problème des travailleurs, lui, n'est même pas abordé.

Le professeur Jorge Arce Portuguez, qui est attaché au Earth College, un institut scientifique costaricain spécialisé dans les questions agricoles fondé avec l'aide du gouvernement américain et soutenu par des dizaines de grandes universités américaines, a expliqué aux journalistes du Cincinnati Enquirer que la « Black Sigatoka » était le pire des fléaux auxquels les producteurs de bananes devaient faire face depuis quelques années et que leur seule réponse jusqu'à présent avait été de la combattre en augmentant les quantités de pesticides pulvérisées et la fréquence des pulvérisations par avion. Mais la maladie s'adapte vite et résiste de plus en plus aux pesticides. « En 1990, nous pouvions la maîtriser avec 25 ou 30 pulvérisations aériennes par an. Maintenant, sept ans plus tard, les avions pulvérisent plus de 40 fois par an. »

Selon Lori Ann Thrupp, une experte en agriculture durable au World Resources Institute de Washington DC, un groupe de réflexion sur les problèmes écologiques, « les produits chimiques qui servent à combattre la « Black Sigatoka » constituent le gros des pesticides utilisés dans la plupart des bananeraies. »

Plusieurs messages électroniques vocaux transmis au Cincinnati Enquirer par un employé de Chiquita abordent. le problème des pesticides. Dans un message électronique vocal datant du 29 octobre 1997, Robert Kistinger, directeur général du Chiquita Banana Group à Cincinnati confie à John Ordman, vice-directeur financier, qu'il souhaiterait que l'on examine « dans quels délais nous pouvons mettre en oeuvre dans les plantations une procédure d'évacuation de nos travailleurs pendant les pulvérisations... Il faut que nous trouvions quelque chose assez rapidement. »

Malgré les préoccupations du directeur général, les pulvérisations par avion se poursuivaient encore quatre mois plus tard. Dans un message électronique vocal datant du 23 février 1998 de nouveau adressé à John Ordman, Robert Kistinger fait référence à l'aspect politique et à l'impact en termes de relations publiques. « Un des points importants où nous n'obtenons pas encore de bons résultats, (...) c'est le problème de la pulvérisation par avion. Les mouvements écologistes, les groupes d'action sociale et les ONG estiment scandaleux d'arroser les ouvriers qui travaillent dans les plantations. Jusqu'à présent, nous n'avons pas fait beaucoup de progrès dans ce domaine. » Tout en encourageant ses employés à trouver une alternative, Robert Kistinger ajoute que le problème de la protection des travailleurs des bananeraies fait l'objet « d'une pression de plus en plus forte » en Europe et qu'il faut prendre des décisions, « aussi minimes soient-elles »; c'est « crucial pour nos relations publiques. »

Chiquita a récemment créé un site web consacré à l'environnement où elle expose son point de vue. La pulvérisation, explique-t-elle, est nécessaire pour protéger les bananiers, mais la société recherche actuellement des méthodes permettant de répandre les pesticides à partir du sol, ce qui réduirait les effets sur l'homme et l'environnement.

Des pesticides qui se volatilisent

Dans la revue scientifique Ambio, le professeur Scott Witter de l'Université de l'Etat du Michigan a publié en 1996 avec son collègue Carlos Hernandez un rapport sur l'industrie costaricaine de la banane. Selon celui-ci, le vent emporte 15% des pesticides avant même qu'ils ne se déposent sur les bananiers et 40% après. La pluie en emporte encore 35%. Seuls 10% environ restent donc réellement sur la plante. Tous ces pesticides perdus s'infiltrent dans le sol.

« Il y a discussion sur la quantité perdue » explique le professeur Witter. « Nous estimions dans cet article que le pourcentage de pesticides qui ne servent pas à un bananier atteint 90%. D'autres affirment que la perte se limiterait à 40 %. Soit, mais le fait est qu'une grande quantité de fongicides finit par se retrouver dans les sources d'approvisionnement en eau, alors que ces sources superficielles sont précisément utilisées par une grandes partie de la population pauvre. Ce qui veut donc dire qu'ils ingèrent des pesticides ».

Chiquita affirme être consciente du problème et précise que les pulvérisateurs utilisés sont munis depuis quelques années de têtes spéciales. Elle a également pris « d'autres mesures ».

 

1.2 Haute toxicité

« Chiquita utilise des pesticides que l'EPA classe parmi les produits à faible toxicité pour les mammifères et la vie aquatique », déclara l'entreprise au Cincinnati Enquirer. Le journal a pourtant relevé sur la liste des produits approuvés par Chiquita des pesticides qui, selon différents services américains, peuvent être cancérigènes ou nocifs pour les mammifères et les poissons.

Les pesticides utilisés par Chiquita et ses filiales latino-américaines lors des pulvérisations par avion sont notamment les suivants :

1.3 L'utilisation de produits non-agréés

L'organisation de protection de l'environnement partenaire de Chiquita, Rainforest Alliance, arme dans ses « Normes générales de production » que les entreprises qui se voient octroyer le certificat « Better Banana » utilisent uniquement des produits qui ont été agréés aux Etats-Unis, au Canada et en Europe. »

Or le Cincinnati Enquirer a découvert que Chiquita faisait un usage systématique de pesticides non-agréés dans ses bananeraies ayant reçu le certificat.

Non agréé signifie que l'emploi de ces produits n'est pas autorisé aux Etats-Unis, au Canada ou dans un ou plusieurs pays de l'Union Européenne.

Parmi ces pesticides, on retrouve notamment :

1.4 « Better Banana » sous le feu des critiques

Le certificat ECO-OK / « Better Banana » de Chiquita fait l'objet de plus en plus de critiques. Certains scientifiques et militants écologistes le considèrent comme la liquidation de l'intérêt public.

D'après des scientifiques, des écologistes et d'anciens employés de Chiquita, l'entreprise a rapidement eu beaucoup d'influence au sein du programme en raison du fait qu'elle était le seul producteur de bananes à y prendre part. Chiquita a très vite utilisé le certificat dans sa publicité en Europe et aux Etats-Unis pour associer ses produits à la protection de l'environnement.

Des 81 entreprises de par le monde qui, au 1er janvier 1994, s'étaient déjà vues octroyer un certificat, 74 (91%) étaient des filiales directement contrôlées par Chiquita.

Connie Smith fut la coordinatrice « environnement » de Chiquita pour l'Amérique Centrale avant de quitter son poste en 1996. Selon elle, si le programme de certification a connu des difficultés, c'est parce que la concurrence entre les différents producteurs de bananes est trop forte pour permettre une quelconque collaboration. Dès que Chiquita s'est mise à dominer le programme, les deux autres multinationales, Dole et Del Monte, s'en sont désintéressées.

Connie Smith, qui vit avec sa famille à San José au Costa Rica, a aussi expliqué que les intentions étaient bonnes au départ. « C'était un programme volontaire pour l'ensemble de l'industrie. Mais ECO-OK est rapidement devenu une question de concurrence : « si nous décrochons la certification avant les autres, nous pourrons l'utiliser pour distinguer (nos bananes) des autres. » Cela n'aurait jamais dû se produire. » Le programme s'appelait à l'origine « ECO-OK », mais Rainforest Alliance le rebaptisa ensuite « Better Banana ». D'après Connie Smith, les relations entre Chiquita et Rainforest Alliance font douter certains de la validité du programme. « Le programme doit être revu. ».

Le coordinateur du programme « Better Banana » à New York, Eric Holst, affirme que Rainforest Alliance ne reçoit pas de dons de Chiquita. Elle accepte, par contre, les dons publics de sociétés auxquelles elle n'octroie pas de certificat et elle facture les prestations fournies dans le cadre de la certification. L'argent est directement versé à son partenaire costaricain, la Fundacion Ambio, qui effectue les inspections. La Fundacion Ambio inspecterait les entreprises agricoles costaricaines et panaméennes une fois par an. Elle peut effectuer jusqu'à dix contrôles par an et se réserve le droit de réaliser des coups de sonde. Aucun certificat n'a jamais été retiré après constatation d'une infraction.

Si les inspecteurs en constatent, ils en informent les exploitants de la plantation et leur demandent de remédier au problème. En général, explique Eric Holst, les infractions ne sont pas consignées et les informations relatives à l'inspection ou aux infractions ne sont pas rendues publiques.

D'après Eric Holst, la Fundacion Ambio disposait cette année-ci de 312'000 dollars. Les frais de la Fondation remboursés par Chiquita représentent environ 25% de ce budget.

Toutes les bananeraies costaricaines des filiales de Chiquita ont obtenu le certificat. Par contre, les entreprises associées qui vendent des fruits à Chiquita ne l'ont, pour la plupart, pas reçu. Mais Chiquita a indiqué que, lors du renouvellement de leur contrat, elle inciterait ces entreprises agricoles associées à introduire une demande de certification.

Environ la moitié des bananeraies appartenant aux filiales de Chiquita au Panama ont obtenu le certificat. En Colombie, treize filiales l'ont également obtenu. Par contre, il n'a encore été octroyé à aucune bananeraie appartenant à Chiquita, à une de ses filiales ou à une de ses entreprises associées au Honduras, au Guatemala ou en Equateur. Le programme fut en effet d'abord testé au Costa Rica. Mais Chiquita a promis publiquement d'étendre le programme « Better Banana » à l'ensemble de ses plantations pour 1999. Rainforest Alliance a d'ailleurs fait savoir qu'elle s'attelait à réunir dans ces pays des associations de protection de l'environnement susceptibles de prendre les inspections en charge.

En 1996, Chiquita a fait appel à l'organisation de protection de l'environnement Conservation International, lui demandant d'envoyer huit de ses spécialistes inspecter les plantations costaricaines et panaméennes ayant obtenu le certificat.

Suite à cette inspection, Conservation International a envoyé un rapport de deux pages à Chiquita qui l'a transmis au Cincinnati Enquirer. Selon ce rapport, les efforts de Chiquita dans le domaine de l'environnement sont « novateurs et visent à réduire l'impact négatif des monocultures sur le milieu naturel. Ils tiennent lieu de modèle pour l'élaboration de mesures de protection de l'environnement et favorisent les changements progressifs dans les techniques agricoles. Ce programme doit être poursuivi et soutenu. »

Le responsable de ce rapport, James Nations, vice-directeur des programmes mexicain et centraméricain de Conservation International, confirma au Cincinnati Enquirer qu'il trouvait que la certification était « très positive » et qu'il s'agissait « d'une méthode très honnête. »

Par ailleurs, Chiquita participe également à la défense de l'environnement en finançant Amigos de Las Aves (Les amis des oiseaux), une organisation sans but lucratif de deux réfugiés américains qui élèvent des perroquets en captivité pour ensuite les relâcher en liberté. L'organisation a déclaré par courrier électronique qu'elle avait reçu jusqu'à présent environ 20.000 dollars de Chiquita. Chaque semaine, elle reçoit aussi gratuitement des bananes pour nourrir les oiseaux.

 

1.5 Des fumées toxiques

Une filiale de Chiquita à San José au Costa Rica expose plus de 500 hommes, femmes et enfants du quartier Barrio Paris à un produit chimique toxique. L'entreprise saurait que ce produit toxique se répand en grande quantité dans l'air par les cheminées de l'usine. Selon plusieurs sources et des messages électroniques vocaux internes à l'entreprise, les employés de Chiquita à Cincinnati avaient connaissance du problème depuis plusieurs mois déjà. Mais leurs efforts pour y trouver une solution sont restés infructueux jusqu'à ce jour.

L'usine Polymer Plastipak fabrique à San José des sacs en plastique imbibés d'un pesticide, le chlorpyrifos. Les sacs servent à protéger les bananes contre les insectes pendant leur maturation. Les dirigeants de la communauté locale et les voisins du quartier Barrio Paris, où l'usine se situe, ont porté plainte auprès du Service national de la Santé. Les fumées toxiques provoquent, selon eux, des vésicules cutanées, des problèmes respiratoires chroniques et d'autres affections graves chez les riverains de l'usine, surtout parmi les enfants et les femmes enceintes.

Depuis 1992, les responsables de l'usine Polymer Plastipak ont envoyé plus de dix lettres au Service de la Santé pour rejeter les plaintes. L'entreprise a toutefois admis que l'usine provoque des mauvaises odeurs, mais certifie que les fumées sont inoffensives. Un rapport du 20 mars 1997 du Defensoria de Los Habitantes (un service d'état costaricain qui examine dans quelle mesure les autres services d'état garantissent une protection suffisante aux citoyens dans les domaines de la santé et de l'environnement) établit pourtant que l'entreprise omet systématiquement d'effectuer les tests obligatoires. Ceux-ci devraient déterminer si le produit est présent dans l'air et s'il provoque des problèmes de santé chez les riverains. Le rapport précise que le chlorpyrifos « comporte un risque élevé (...) pour la santé des habitants du quartier. Il est prouvé qu'un contact répété avec ce pesticide (surtout chez les enfants et les femmes enceintes) peut provoquer des problèmes de santé. »

Les contrôles effectués par Chiquita au moment où le Cincinnati Enquirer l'interrogea à ce sujet, ont démontré que les cheminées de l'usine rejetaient massivement du chlorpyrifos dans l'air et que celui-ci se dégageait aussi dans l'usine, où les sacs sont coupés et entreposés.

Dans un message électronique vocal datant du 3 octobre 1997 adressé à Robert Olson, conseiller général à Cincinnati, Roger Theodoredis, qui enquêtait sur le problème, a confirmé que Polymer Plastipak rejetait de « grandes quantités » de chlorpyrifos dans l'air : « Nous pensions d'abord que les gens fumaient le solvant, mais des 16 ou 17 échantillons prélevés à l'extérieur de l'usine, il s'est avéré que 15 contenaient une assez grande quantité de chlorpyrifos. Je tenais à te le signaler. Le chlorpyrifos peut vraisemblablement se dégager dans l'air de deux manières. La première, c'est le long de la cheminée, lorsque les sacs reçoivent leur forme pendant la phase de compression. Les gaz échauffés s'échappent par la cheminée; une grande quantité de chlorpyrifos se dégage vraisemblablement en même temps. La deuxième source, inattendue, ce sont les locaux de l'usine où les sacs sont coupés. La découpe des sacs libère aussi du chlorpyrifos dans l'air. »

Roger Theodoredis évoquait aussi dans ce message le vieux différend entre Polymer Plastipak et le Service costaricain de la Santé. « Cela fait longtemps que l'usine est en conflit avec le Service. Le 8 août 1997, par exemple, le Service a fermé l'usine pendant 12 heures à cause de la puanteur. »

Chiquita envoya une lettre pour démentir qu'il y aurait un danger pour les riverains. Dans cette lettre, l'entreprise ne se montre nullement préoccupée par la quantité de chlorpyrifos présente dans l'air. « Une étude menée par Chiquita et par des experts indépendants engagés par Chiquita confirme que l'usine Plastipak ne constitue aucune menace pour la communauté voisine. Les concentrations de chlorpyrifos mesurées dans la zone habitée voisine de l'usine, n'excèdent pas le « Average Acceptable Ambient Air Concentrations » (le taux de concentration moyenne acceptable dans l'air ambiant) en vigueur aux Etats-Unis.»

La lettre précisait aussi que « les concentrations de pesticides dans l'usine ne représentent aucune menace pour la santé des travailleurs.» Mais les responsables de Chiquita refusèrent de donner au Cincinnati Enquirer les résultats complets des tests. Le détail des résultats des experts indépendants n'a pas non plus été rendu public. D'après Defensoria de Los Habitantes et le Service de la Santé, Chiquita et Plastipak n'ont pas tenu compte des résultats des tests qu'elles avaient elles-mêmes réalisés.

Mais le rapport de Defensoria de Los Habitantes n'incriminait pas uniquement Polymer Plastipak. Il critiquait aussi les fonctionnaires du Service national de la Santé. En 1993, après avoir reçu des plaintes répétées des habitants, le Service de la Santé préleva des échantillons de sang. Mais les tests ultérieurs nécessaires pour examiner le taux de chlorpyrifos dans le sang ne furent jamais effectués. Les fonctionnaires du Service de la Santé invoquaient, selon le rapport, un manque d'effectifs.

Rodrigo Alberto Carazo, un directeur de Defensoria de Los Habitantes expliqua au journal que, depuis la fermeture de 12 heures en août 1997, ni Polymer Plastipak, ni Chiquita n'avait jamais fourni la moindre preuve de « changements essentiels dans le composé ou dans le système de filtration permettant de prévenir toute nouvelle dégradation de la santé des travailleurs de l'usine ou des habitants du quartier. » D'après Rodrigo Carazo, cela faisait des années que Polvmer niait l'existence d'un danger pour les travailleurs de l'usine ou pour les riverains et qu'elle déclarait que le problème (inoffensif) des odeurs n'était pas encore résolu à cause de problèmes récurrents avec le système de filtre de l'usine. «C'est la même excuse depuis des années. Nous recevons des lettres de ce style depuis 1993».

Les habitants de Barrio Paris ont décrit aux journalistes du Cincinnati Enquirer les problèmes de santé qu'ils attribuent à l'usine. Ils ont aussi exprimé leurs craintes pour la santé de leurs enfants. « Nous avons ici un problème très grave, » a expliqué Blanca Brenes Morales (62 ans), responsable d'une association de quartier. « Ils (Polymer) utilisent un produit chimique qui est directement dégagé dans l'air, de sorte que nous le respirons. Lorsque nous avons déménagé pour venir ici, chacun d'entre nous savait qu'il venait habiter dans une zone industrielle. Mais personne, pas même le gouvernement, ne savait ni n'aurait accepté qu'ils nous empoisonnent avec leurs produits chimiques. »

Brenes Morales téléphone aux responsables de l'usine chaque fois que l'air devient suffoquant. « Ils me répondent chaque fois qu'ils sont en train de changer leur filtre. »

Mais sa plus grande crainte concerne les enfants. « Nous ne savons pas quels effets ce poison aura à long terme. Nous pleurons pour les enfants. »

Brenes Morales, tout comme de nombreux habitants de Barrio Paris, est trop pauvre pour partir et trouver ailleurs une maison comparable à un prix abordable.

Les démentis de Polymer Plastipak ne tiennent pas plus compte de Geraldo Campos Cartin (48 ans), qui cite son médecin lorsqu'il affirme que le chlorpyrifos est la cause de sa maladie. Selon le Service de la Santé, Polymer Plastipak est la seule société dans cette partie de la ville à utiliser du chlorpyrifos.

Tout en menant les journalistes à la plaine de jeux située juste derrière l'usine Polymer, Geraldo Campos explique de quoi il souffre. « C'est tellement grave que, souvent, je ne peux pas respirer sans aide (de médication ou d'un appareil respiratoire). Si l'usine tourne et que de la fumée s'échappe de la cheminée, je dois rentrer chez moi et me cacher sous le lit. Si je sens ne fût-ce que les vapeurs, j'ai déjà le souffle coupé. Ma peau devient rouge et j'ai des éruptions cutanées. Parfois, je suis tellement malade que je voudrais mourir. » Mais lui aussi se fait surtout du souci pour les enfants de Barrio Paris. « Vous voyez la petite plaine de jeux là-bas, juste à coté de l'usine. » Geraldo Campos indique la balançoire, le toboggan, la cage à griper et le petit terrain de basket. « Tous les enfants jouent ici. Ils n'ont pas d'autre endroit où aller. »

Des membres du personnel de Chiquita ont confié au Cincinnati Enquirer que la société aurait l'intention de revendre Polymer Plastipak. Mais les journalistes n'ont pas pu avoir confirmation de cette rumeur.

 

1.6 Un mort à la bananeraie

Les pesticides ne détruisent pas uniquement l'environnement. Greddv Mauricio Valerin Bustos (18 ans), travailleur de la Plantation 96 à Sixaola au sud-est du Costa Rica, l'a appris à ses dépens. La bananeraie appartient à la Chiriqui Land Company, une filiale de Chiquita.

Le 13 novembre 1997, Valerin ramassait les « piola » cette fine corde qui soutient les bananiers, depuis cinq heures du matin. Selon la police, il a été retrouvé vers 7h30 en train de se tordre de douleur sur le sol. Il manquait d'air et vomissait une substance blanche. A 9h17, il était mort.

La police interrogea un des ouvriers qui transportèrent Valerin à l'hôpital, Miguel Herra Miranda. Ce dernier leur raconta que Valerin travaillait sur le terrain Los 50s, qui avait été traité trois jours plus tôt au « Counter ». « Counter » est le nom déposé du terbufos, un organophosphate. « Valerin n'avait aucune expérience de ce genre de travail et il n'utilisait aucun équipement de protection, il n'avait ni gants, ni masque. »

Le rapport de l'autopsie conclut que Valerin est mort d'un empoisonnement à l'organophosphate qui provoqua des hémorragies internes et des lésions cérébrales. Chiquita a reconnu que le médecin légiste avait attribué la mort à l'organophosphate. Mais elle estime que les procédures en vigueur dans la bananeraie étaient sûres. Il s'agit d'un « accident isolé. » « Bien que Chiquita se soit efforcée d'obtenir les détails de la mort soudaine de Valerin, Chiquita n'est pas à même de fournir une explication sur les causes de son décès; à moins que nous ne nous mettions à spéculer. »

En accord avec Rainforest Alliance, la Plantation 96 avait obtenu le certificat délivré dans le cadre du programme « Better Banana » qui impose le respect de normes précises en matière de protection de l'environnement et de sécurité des travailleurs. Pour Eric Holst, le coordinateur de Rainforest Alliance, « Il est souvent difficile de détecter les problèmes parce que les visites de contrôle n'ont lieu qu'une fois par an, plus les contrôles surprises éventuels. C'est un point faible de la certification. On ne peut pas être présent tous les jours. »

D'après Carl Smith, spécialiste des exportations de pesticides chez FASE (Foundation for Advancements in Science and Education) à Los Angeles, l'emploi de pesticides est souvent autorisé aux Etats-Unis, mais il est soumis à des règles strictes de sécurité. Lorsque ces produits sont exportés vers l'Amérique Centrale, ils peuvent être dangereux pour l'homme et l'environnement parce que la sécurité des travailleurs n'y est pas autant garantie et parce que les lois relatives à l'environnement y sont moins sévères.

« Quand on voit comment ils sont utilisés là-bas, les situations dangereuses ne manquent pas. On peut enfiler à quelqu'un une combinaison d'astronaute avec un appareil respiratoire et des gants, mais ce n'est plus la même chose lorsque ce sont des adolescents qui se baladent torse nu dans les champs traités. »

Chiquita et ses filiales ne prévoient dans leur règlement aucun équipement de protection, sauf pour les travailleurs directement impliqués dans l'application ou l'entreposage des pesticides. La très grande majorité d'entre eux ne reçoit donc pas de vêtements de protection, bien que leur travail les mette en contact avec les pesticides.

A proximité de la Plantation 96 se trouve la Plantation 03, un partenaire commercial exclusif de Chiquita dont le propriétaire est PAIS (Pryecto Agroindustrial de Sixaola, S.A.). Tout comme les autres bananeraies des environs, l'entreprise expédie ses bananes par bateau avec le label Chiquita et dans des caisses Chiquita. La plantation cultive uniquement des bananes Chiquita. La multinationale a déclaré au Cincinnati Enquirer qu'elle n'était pas responsable de ce qui se passait dans cette bananeraie, mais qu'elle demandait à ses entreprises associées, par le biais des contrats qu'elle signe avec elles, de respecter des normes standards en matière de sécurité et d'environnement. « Chiquita - bien qu'elle n'en soit pas obligée - demande explicitement aux cultivateurs indépendants d'appliquer les normes et les pratiques standards strictes de Chiquita en matière d'environnement, s'ils souhaitent renouveler leurs relations contractuelles. »

Les journalistes ont pourtant pu constater la manière dont une équipe d'ouvriers utilisait le terbufos dans la plantation. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, le terbufos est un nématicide extrêmement dangereux pour l'homme. L'EPA n'autorise son emploi aux Etats-Unis que dans « un nombre limité de cas ». Les nématicides sont des pesticides qui combattent les nématodes, ces petits vers parasites qui détruisent les racines de la plante. D'après les consignes de l'EPA, personne ne peut circuler sur le terrain pendant au moins 24 heures après l'épandage du terbufos, à moins d'avoir des vêtements de protection et un masque respiratoire. `

Mais alors que l'odeur forte du pesticide flottait encore dans l'air, les journalistes du Cincinnati Enquirer ont vu des enfants du village voisin jouer sur le terrain entre les sacs ouverts de terbufos et les bananiers qui venaient d'être traités. Il n'y avait aucun avertissement. Pas un seul travailleur ne dit aux enfants d'aller jouer ailleurs ou d'arrêter leur jeu. Les journalistes du Cincinnati Enquirer ont bien vu des panneaux d'avertissement en espagnol « Danger - traitement au nématicide sur ce terrain », mais ceux-ci étaient entassés contre le mur d'une entreprise d'emballage, environ un kilomètre et demi plus loin...

Lorsque le Cincinnati Enquirer interrogea Chiquita à propos de la Plantation 03 et de PAIS, l'entreprise répondit que « c'est une sorte d'institution gouvernementale costaricaine qui est propriétaire de l'entreprise agricole PAIS et qui la gère, non pas Chiquita. Ce que le Cincinnati Enquirer aurait vu dans la bananeraie de PAIS, ne devrait pas se produire. » Chiquita ajouta qu'elle avait renégocié depuis lors les contrats avec PAIS et qu'elle avait exigé que l'entreprise se conforme aux procédures standards de Chiquita en matière de protection de l'environnement.

Dans cette même Plantation 03, les journalistes ont aussi vu des travailleurs enlever leur masque à cause de la chaleur oppressante. Selon Carl Smith, du FASE, la combinaison de protection constitue un problème fondamental dans l'agriculture tropicale. « Un problème qu'aucun programme n'a encore résolu. En fait, il n'existe pas d'équipement adapté au climat tropical. »

Les journalistes du Cincinnati Enquirer ont d'ailleurs découvert que même les travailleurs équipés de vêtements de protection n'étaient pas totalement en sécurité. A 1a plantation de Cocobola au Costa Rica (que Chiquita contrôle par le biais d'une filiale), Emilio Colero (41 ans) a ainsi fait part des soucis qu'il se faisait pour sa santé. Cet ouvrier porte des vêtements de protection lorsqu'il applique le pesticide sur les plantes. Mais quand il se penche en avant, le mélange d'herbicide liquide s'infiltre dans son cou. « J'ai chaque fois des éruptions cutanées qui ne disparaissent que lorsque je prends une douche. »

Emilio Colero expliqua que sa femme se faisait du souci pour lui. S'il travaille à la pulvérisation des pesticides, c'est parce que ce travail est mieux payé. Il reçoit 680 colones par hectare et pulvérise 3 à 4 hectares par jour. Son salaire journalier est d'environ 15 dollars.

Chiquita affirme qu'elle respecte à la lettre le mode d'emploi des pesticides. Elle a aussi précisé que l'emploi de nématicides tels que le terbufos avait diminué de plus de 50% depuis 1995. « Chiquita respecte ainsi ses engagements visant à limiter les effets sur l'environnement des activités déployées dans les bananeraies. »

Des problèmes se posent aussi dans les entreprises d'emballage, où les bananes sont empaquetées avant d'être expédiées par bateau. Les bananes y sont d'abord nettoyées pour éliminer tous les pesticides, puis aspergées de thiabendazole et/ou d'imazalil pour les protéger contre le pourrissement. Les caisses de Chiquita portent clairement la mention « Les fruits sont traités au thiabendazole et/ou à l'imazalil afin de préserver leur qualité pendant le transport. » Mais ce qu'elles ne mentionnent pas, c'est que les ouvriers qui emballent ces bananes traitées dans les caisses d'expédition travaillent généralement à mains nues. Des scientifiques, des syndicalistes et des travailleurs ont raconté aux journalistes du Cincinnati Enquirer que les ouvrières des unités d'emballage souffrent d'éruptions cutanées sur les bras.

Dans les entreprises d'emballage, les résidus chimiques tant des pesticides appliqués pendant la culture que de ceux appliqués pour le transport polluent l'eau et, via les canaux d'irrigation, les rivières de la région. Chiquita a indiqué qu'elle faisait régulièrement effectuer des tests de l'eau en provenance des plantations et qu'elle n'avait jamais découvert « un taux de pesticides constituant le moindre danger pour l'homme ou l'environnement ». Les journalistes du Cincinnati Enquirer ont cependant visité plusieurs entreprises d'emballage de bananeraies de filiales de Chiquita au Costa Rica ayant obtenu le certificat « Better Banana » et ont constaté que la plupart d'entre elles ne disposaient pas d'un système satisfaisant permettant d'éviter que les pesticides ne polluent les sources d'approvisionnement en eau. Par ailleurs, presque aucun travailleur ne portait des gants.

Le thiabendazole est un fongicide qui, selon l'EPA, est dangereux pour les poissons. II peut être cause d'anémie et de cancer. L'imazalil fait partie des composés moyennement toxiques. Des animaux de laboratoire dont la nourriture avait été imprégnée d'imazalil présentaient des symptômes tels qu'un dérèglement musculaire, une diminution de la pression artérielle, des tremblements et des vomissements.

Le professeur Luisa Castillo dirige le programme universitaire national d'étude des pesticides au Costa Rica. Elle a expliqué aux journalistes que ces deux pesticides posent de gros problèmes aux écologues. Lors d'études de l'eau des rivières dans les parcs nationaux qui se situent en aval des bananeraies, « nous avons détecté de fortes concentrations d'imazalil et de thiabendazole dans l'eau et constaté l'empoisonnement d'organismes aquatiques (par ces deux pesticides). » L'étude n'a pas localisé les sources de la pollution. Pour Luisa Castillo, n'importe quel effort sincère visant à améliorer la qualité de l'environnement devrait s'attacher à empêcher la pollution de l'eau par ces pesticides. « J'installerais immédiatement des stations d'épuration dans les entreprises d'emballage et je n'autoriserais pas que cette eau très polluée s'écoule dans les sources naturelles. » Chiquita répliqua qu'elle avait dépensé au moins 3,3 millions de dollars dans l'installation d'un système spécial de traitement du thiabendazole et de l'imazalil dans plusieurs entreprises d'emballage. L'emploi de pesticides y serait moindre et les travailleurs y seraient moins exposés.

 

2. Une existence incertaine dans des camps insalubres (Barrio Brooklyn, Costa Rica)

Aux Etats-Unis, les spots publicitaires de Chiquita montrent des ouvriers bronzés et souriants évoluant dans une végétation fertile et inondée de soleil. Personne n'a jamais fait de spot publicitaire sur Barrio Brooklyn, un camp illégal construit en bordure de route, à proximité des sept grandes plantations de la filiale de Chiquita COBAL (Compania Bananera Atlantica Ltda.) à San Alberto, au centre-est du Costa Rica.

Barrio Brooklyn, Juana Guerrero, 38 ans, vit avec ses sept enfants dans un taudis de trois mètres carrés, fait de planches et de plastique. Ces quinze dernières années, Juana était ouvrière sous contrat dans une bananeraie contrôlée par Chiquita. L'an passé, elle fut licenciée avant la fin de son dernier contrat. Elle voulait continuer à travailler malgré sa grossesse. Mais son patron refusa de la laisser travailler assise alors qu'elle était enceinte de sept mois. Lorsqu'elle se plaignit, il la licencia. Juana travaillait à San Alberto comme « selectora ». Elle sélectionnait et tranchait les énormes tiges des régimes de bananes pour les diviser en mains telles qu'on les trouve dans les supermarchés. Pour ce travail, elle devait rester debout, continuellement penchée en avant. Les bons jours, lorsque la firme d'emballage remplissait deux semi-remorques pour l'embarquement, elle touchait environ 12 dollars. « Je ne trouvais pas ça trop dur de travailler, mais j'étais tellement fatiguée, du fait que j'étais enceinte, que j'ai demandé à mon patron: 'S'il vous plaît, laissez-moi faire autre chose'. Mais il a refusé. » Chiquita s'abstint de tout commentaire : « Il n'entre ni dans la politique, ni dans les pratiques de Chiquita de s'entretenir avec les médias, ni avec qui que ce soit, des relations avec ses employés ou des circonstances dans lesquelles une personne quitte éventuellement l'entreprise. »

L'histoire de Juana Guerrero illustre les conditions de vie de nombreux ouvriers sous contrat dans les bananeraies contrôlées par Chiquita, du Guatemala jusqu'en Equateur. Certains reçoivent un logement ou d'autres avantages de l'entreprise. Mais tous les ouvriers interviewés ont exprimé la même crainte de ne plus pouvoir joindre les deux bouts. Même ceux qui ont la chance de recevoir un logement, mènent une existence incertaine.

Gladys Tellez, 40 ans, vit depuis des années dans une maison de quatre pièces à Cocobola, un village appartenant à Chiquita. Il y a six ans, cette immigrée nicaraguayenne et sa famille ont failli perdre leur logement. Son mari, Jose Maria Altamirano Pineda, alors âgé de 40 ans, est mort des suites d'une blessure à la jambe qu'il s'est faite en travaillant sur la plantation de Cocobola.

Les juristes travaillant pour Chiquita ont reconnu qu'Altamirano Pineda était décédé le 5 mai 1993 et qu'il était ouvrier à « l'entreprise agricole Cocobola de Chiquita au Costa Rica ». Mais d'après eux, il est décédé d'un cancer des os et non d'une blessure qu'il s'était faite au cours de son travail. « La firme a payé le cercueil et le transport au cimetière, et a donné 25'000 colones (à la famille). » A cette époque, 25'000 colones représentaient environ 175 dollars. Chiquita a aussi déclaré avoir versé aux autorités costaricaines un montant non précisé à titre de capital-décès. Gladys Tellez raconte que son fils a pu commencer à travailler pour l'entreprise locale d'emballage, et que c'est grâce à cela qu'elle peut encore garder la maison. « S'ils renvoient mon fils, nous devrons immédiatement quitter la maison, et nous n'avons nulle part où aller. »

Le Cincinnati Enquirer a interrogé de nombreux ouvriers vivant dans ces camps misérables et ces zones d'habitation situées aux abords des bananeraies dans les plaines étouffantes d'Amérique Centrale. Tous indiquent que, depuis quelques années, leur travail dans les plantations de Chiquita leur rapporte moins d'argent (réellement ou à cause de l'inflation) et moins d'avantages sociaux, et que la sécurité d'emploi et la protection syndicale se sont fortement détériorées. Par ailleurs, une enquête sur les pratiques commerciales de Chiquita a démontré que, à la fin des années 80 et au début des années 90, les dirigeants du siège central à Cincinnati menaient une politique visant à réduire l'influence des syndicats, à diminuer les salaires et à limiter les avantages sociaux des ouvriers.

Quelques exemples

« Nous estimons que notre contribution à l'économie régionale et à l'amélioration de la qualité de la vie en Amérique Centrale n'est égalée par aucune autre entreprise. » « Mais sa technique qui consiste à licencier les ouvriers après six mois, crée une insécurité de l'emploi permanente et rend l'action syndicale difficile, » rétorque Amilcar Castejon, un ancien administrateur de COBALISA (Compania Bananero Ltd., S.A.). Cette firme, qui est contrôlée en secret par Chiquita, gère plusieurs plantations. D'après lui, les ouvriers licenciés sont réengagés peu de temps après par une autre filiale de COBALISA. « Les emplois ne sont pas stables, ils ne durent que six mois. » Mais « on ne connaît pas le pourcentage d'ouvriers concernés. » Si Amilcar Castejon a souhaité s'entretenir avec le Cincinnati Enquirer, c'est, selon ses propres mots, parce qu'il était irrité par la politique de Chiquita.

« Comment leurs syndicats peuvent-ils leur servir à quoi que ce soit (aux ouvriers) s'ils (les dirigeants des entreprises) remplacent leurs ouvriers tous les six mois ? C'est leur manière de contourner les syndicats. » D'après les employés de Chiquita qui ont accepté de répondre aux questions du Cincinnati Enquirer sous le couvert de l'anonymat, Chiquita et ses filiales épargnent ainsi chaque année sur les avantages sociaux. « Quand un groupe d'ouvriers approchent la limite des six mois leur permettant d'acquérir le statut d'employé définitif prévu par la loi, nous les licencions et les 'aiguillons' vers l'entreprise suivante, » a ainsi confié un employé de la Tela Railroad Co. qui a transmis des documents au journal. Cette politique a surtout cours au Honduras, chez COBALISA, qui emploie environ 15.000 ouvriers.

Par ailleurs, tandis que COBALISA engageait des milliers d'ouvriers non-syndiqués, Chiquita a supprimé, au cours de ces dernières années, des milliers d'emplois dans les entreprises agricoles autogérées. « Chiquita n'a pas de 'politique de licenciement et d'embauche' et ne procède pas à des 'licenciements massifs' », a déclaré l'entreprise au Cincinnati Enquirer. « Les pays où nous opérons sont fortement syndiqués (ou disposent de structures de négociations collectives analogues). Ces associations ou les représentants syndicaux élus ne toléreraient pas ce genre de choses. » Pourtant, un message électronique vocal interne évoque, lui aussi, la rotation des ouvriers dans les plantations de COBALISA.

Dans un message électronique vocal du 7 avril 1998, destiné notamment au conseiller général Robert Olsen, un juriste de Chiquita, David Hills, affirme : « COBALISA a un personnel de cadres stable. Mais les ouvriers qui travaillent dans les bananeraies ne sont pas embauchés par COBALISA, ils sont engagés suivant un système de rotation par les entreprises agricoles contrôlées par COBLISA. »

Des listings informatiques en possession du Cincinnati Enquirer reprennent les listes des ouvriers et des filiales de COBALISA. Ils mentionnent notamment les dates d'entrée en service et de licenciement, ainsi que la 'date critique' (qui indique le jour où la période des six mois vient à échéance). Beaucoup d'ouvriers passent cette date, mais d'autres sont licenciés juste avant. Le Cincinnati Enqurer n'a pas pu déterminer le nombre exact d'ouvriers employés selon ce système de rotation.

Chiquita a éludé cette question de la rotation des ouvriers en faisant remarquer qu'elle paie des salaires élevés. « La moyenne des salaires des ouvriers de Chiquita est considérablement plus élevée que celle des autres ouvriers agricoles d'Amérique Centrale. Ci-joint le diagramme des salaires de Chiquita dans les différents pays concernés. » Le diagramme, daté du 15 octobre 1997, compare les salaires minimaux légaux du Honduras, du Panama et du Costa Rica avec le salaire actuel moyen de Chiquita. Partout, Chiquita paie nettement plus que le salaire minimum. Mais ce diagramme ne distingue pas les différentes catégories salariales. On ne peut donc pas voir si ces employés 'bien payés' sont des ouvriers ou des cadres. Le diagramme de Chiquita n'inclut pas non plus les ouvriers des bananeraies qu'elle contrôle en secret, comme COBALISA au Honduras. En omettant ces salaires plus bas qui n'ont pas fait l'objet de négociations, la moyenne des salaires devient plus élevée qu'elle ne l'est en réalité... Alors qu'elle travaillait sur la réponse de Chiquita au Cincinnati Enquirer, la responsable de la communication. Magnes Welsh, demanda dans un message électronique vocal du 31 octobre 1997 à la Tela Railroad Co. si « le chiffre financier de Tela comprenait aussi les entreprises contrôlées en secret. » « Est-ce que ce chiffre inclut les listes de salaire, les ouvriers, la sécurité sociale, la caisse de compensation, etc. de COBALISA ? Si c'est le cas, nous devons pouvoir retirer ces chiffres. »

Outre le fait que de nombreux ouvriers gagnent moins parce qu'ils travaillent dans des entreprises dépourvues de syndicat, tous les ouvriers honduriens ont également subi des pertes réelles dues à l'inflation. Le Honduras est l'un des pays les plus pauvres de l'ouest de la planète. Il a connu dans les années nonante des inflations de plus de 10%. Le Costa Rica et le Panama ont également connu une inflation considérable.

Mais qu'en est-il de l'action syndicale sur les plantations de Chiquita ?

Chiquita affirme que la Tela Railroad Co. au Honduras entretient de bonnes relations avec son syndicat SITRATERCO (Sindicato de Trabajadores de la Tela Railroad Company) grâce au programme de coopération 'Together Is Better'. Mais les membres de COSIBAH (Coordinadora de Sindicatos Bananeros de Honduras), un organisme de coordination des syndicats des bananeraies dont SITRATERCO fait partie, ne partagent pas ce point de vue. D'après eux, les relations sont tumultueuses, comme elles peuvent l'être entre les entreprises et les syndicats aux Etats-Unis et en Europe, et les litiges sont souvent tranchés par les tribunaux.

En juin 1994, des troubles sociaux ont éclaté au Honduras après l'annonce par Chiquita de la fermeture de quatre entreprises et la suppression de 800 emplois. Au bout d'un mois, Chiquita licenciait 58 représentants syndicaux. Certains reçurent une indemnité, mais 43 intentèrent un procès à la firme parce que Chiquita les aurait licenciés abusivement à cause de leurs activités syndicales. En 1996, un tribunal hondurien jugea que le licenciement était effectivement abusif et ordonna à Chiquita de réengager les 43 syndicalistes. Chiquita était également condamnée à payer les salaires dus. L'entreprise réengagea les travailleurs. Mais quelques mois plus tard, ils étaient à nouveau licenciés « pour raisons économiques ». Le groupe assigna à nouveau Chiquita en justice, mais le tribunal ne s'est toujours pas prononcé. D'après Chiquita, Tela tente, depuis quelques années, d'améliorer ses relations avec les ouvriers. Elle « encourage un dialogue ouvert entre employés et direction. » Miguel Angel Tejada Pinada (52 ans) est l'un des représentants syndicaux honduriens licenciés en procès avec Tela. Il voudrait que les dirigeants de Chiquita viennent au Honduras pour rencontrer les syndicalistes licenciés. « Je leur dirais : 'Pourquoi ne nous donnez-vous pas le salaire dont nous sommes privés et auquel nous avons droit ? Je vous ai donné 31 ans de ma vie. Pourquoi me remerciez-vous de cette façon ? C'est de la trahison. Ne savez-vous pas ce qui se passe ici ? »

Les grèves et les plaintes des syndicats se sont également multipliées ces derniers temps au Guatemala, au Costa Rica et au Panama. Au Guatemala, par exemple, de récents conflits sociaux ont gravement perturbé la production de deux entreprises liées à COBIGUA (une filiale secrète de Chiquita) par un accord contractuel lui garantissant l'exclusivité de leur production de bananes. Le 12 février 1998, vingt-deux ouvriers qui tentaient de mettre sur pied une organisation syndicale dans les plantations Arizona et Alabama, furent licenciés. Ils estiment ce licenciement abusif et sont allés en justice. Le U.S./Guatemala Labor Education Project, une organisation de Chicago qui s'occupe de tout ce qui a trait au travail au Guatemala, a écrit une lettre de protestation à Chiquita mais n'a pas reçu de réponse. L'ambassade guatémaltèque à Washington DC a déclaré ce mois-ci que le Ministère du Travail avait décidé de poursuivre sa médiation et qu'il voulait amener les deux parties à un accord par le biais du dialogue. Chiquita a démenti tout lien avec les entreprises concernées et a déclaré que tout commentaire serait donc "déplacé".

Solidarismo au Costa Rica

De nombreux ouvriers des bananeraies costaricains critiquent une organisation de travailleurs qui remplace les anciens syndicats dans bon nombre de plantations. Le "Movimiento Solidarista Costarricense" (Solidarismo) fut en partie fondé par des entreprises telles que Chiquita. Les responsables de Solidarismo affirment que ce mouvement national favorise de meilleures relations de travail avec les ouvriers et les subalternes, au travers de discussions informelles, un planning concerté et la prise en compte des recommandations des employés. Plus de 1.000 entreprises et 150.000 ouvriers du Costa Rica sont affiliés à Solidarismo.

Mais le mouvement fait l'objet de nombreuses critiques, notamment de la part des organisations syndicales traditionnelles, qui estiment qu'il s'agit d'une manoeuvre des grandes sociétés visant à écarter les puissants syndicats existants. Des ouvriers des bananeraies affiliés aux syndicats traditionnels affirment également que Chiquita contrôle les sections de Solidarismo de leurs entreprises, puisqu'elle a participé à leur fondation. Les cadres de Chiquita et les représentants des travailleurs se partagent les positions clés dans les sections locales. Les responsables de Solidarismo répliquent que même s'ils reçoivent de l'argent de Chiquita, ils ne lui doivent rien. Ils reconnaissent cependant qu'ils ne sont pas habilités à forcer Chiquita à modifier sa politique et qu'ils ne peuvent pas l'obliger à maintenir un employé dans ses fonctions. Ils ne peuvent pas non plus offrir une aide financière ou juridique aux employés de Chiquita qui estiment avoir été licenciés abusivement ou qui seraient forcés de démissionner. « Solidarismo n'est qu'un déguisement permettant à Chiquita de contrôler ou de se débarrasser des employés qui cherchent à obtenir des salaires plus élevés ou de meilleures conditions de travail, » affirme Gilbert Bermudez, secrétaire général du SITRAP (Sindicato de Trabajadores de Plantaciones Agricolas) et fondateur d'un comité de coordination des syndicats des bananeraies. « Solidarismo ne peut pas protéger les ouvriers. II n'a pas de pouvoir. Il peut seulement faire ce que Chiquita lui permet de faire. »

Lorsqu'elle travaillait pour Chiquita à Barrio Brooklyn, Juana Isabel Guerrero payait ses cotisations à Solidarismo. Mais elle ne pensait pas que l'organisation la protégerait. Elle s'en rendit compte lorsqu'elle fut licenciée au cours de son septième mois de grossesse. Elle n'avait aucun droit, ne fut pas représentée par le syndicat et n'avait pas d'argent pour prendre un avocat. Elle dut abandonner son emploi. Maintenant, elle vit sans revenus dans le dénuement le plus total. Pourtant, lorsque son bébé sera assez grand, elle essaiera d'obtenir un nouveau contrat à la plantation de Chiquita. Elle a « besoin de cet argent. »


* Reproduit avec l'aimable autorisation de Magasins du Monde/OXFAM ; extrait d'une traduction de l'étude parue sous la forme d'une brochure, nommée : « Chiquita révélations sur les pratiques d'une multinationale, une enquête du journal américain 'The Cincinnati Enquirer' », Bruxelles, 1998.

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