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Durcissement
de l’embargo anti-cubain
des États-Unis,
nouvelle atteinte
aux libertés |
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Le
gouvernement des Etats-Unis a récemment
franchi un pas de plus dans sa politique
agressive contre Cuba. George W. Bush a
en effet approuvé le 6 mai 2004 un
rapport de la Commission pour l’aide à
un Cuba libre qui prévoit une série
de mesures de durcissement de l’embargo.
Entre autres, ces mesures restreignent la
liberté personnelle de circuler entre
Cuba et les USA, limitent les envois de
devises vers Cuba, bloquent les échanges
scientifiques entre les deux pays et prévoient
des sanctions contre tout ressortissant
d’un pays tiers qui effectue des transactions
avec Cuba. |
Sous-Commission
des droits de l'homme 2004 |
Intervention
au point 2 : question de la violation des
droits de l'homme et des libertes fondamentales,
y compris la politique de discrimination
raciale et de segregation dans tous les
pays, en particulier dans les pays et territoires
coloniaux et dependants. Déclaration
écrite conjointe du CETIM et de l'AAJ. |
Cote
ONU |
E/CN.4/Sub.2/2004/NGO/8 |
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Mots
Clés |
*Cuba*Etats-Unis*Embargo |
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1. Le gouvernement des États-Unis a récemment franchi un pas de
plus dans sa politique agressive contre Cuba. Tout en réaffirmant qu’il
n’excluait pas le recours à la force militaire pour préparer «
le jour de la libération » et que l’armée états-unienne
appuierait un « gouvernement provisoire de transition » post-«
castro-communiste », George W. Bush vient d’approuver, le 6 mai dernier,
un rapport de la « Commission pour l’aide à un Cuba libre »,
qui détaille une série de mesures durcissant l’embargo. Cet embargo
unilatéral, injustifié et injustifiable, mis en place depuis 43
ans, vise à infliger le maximum de souffrances au peuple cubain - «
causer la faim et le désespoir », selon les termes du Département
d’État des États-Unis en 1959. Il a coûté d’incommensurables
sacrifices au peuple cubain, et plus de 70 milliards de dollars de pertes infligées
à l’économie cubaine1. La quasi unanimité des États membres
de l’Assemblée générale des Nations Unies le condamnent.
Cent soixante dix-neuf pays ont voté pour sa levée en 2003, mais
trois contre : les Etats-Unis, Israël et les Iles Marshall.
2. Bien que renforcé par les lois Torricelli2 et Helms-Burton3,
qui entravaient déjà les rapatriements de devises, les investissements
étrangers et le tourisme à destination de l’île, le dispositif
de contrainte arbitraire imposé par les États-Unis a échoué
dans le blocage de la récupération de l’économie réelle
et régulière depuis 1994. Le taux de croissance du PIB demeure,
en moyenne, sur les dix dernières années, assez soutenu à
Cuba4. Avec un PNB par habitant de seulement 2 712 dollars des Etats-Unis,
selon les donnés de l’UNICEF5, ce pays a doté 99% de ses ménages urbains
et 95% de ses ménages ruraux d’installations sanitaires adéquates.
3. En dépit d’innombrables effets néfastes, l’embargo n’est pas
parvenu à faire fléchir ce pays. De toute évidence, l’embargo
états-unien nie au peuple cubain le droit à l’autodétermination,
veut briser sa volonté de construire son projet de société,
autonome et souverain. L’important est de comprendre qu’en s’attaquant ainsi
à Cuba, c’est aux libertés mêmes que s’attaque le gouvernement
des États-Unis.
4. L’une des grandes nouveautés dans les mesures prises par le Président
G. W. Bush réside dans le fait qu’elles portent désormais atteinte aux libertés des Cubains qui ont
acquis la nationalité états-unienne et qui vivent aux États-Unis. Elles portent d’abord atteinte à leur liberté
de circuler : les voyages à Cuba seront à présent soumis
à une autorisation délivrée au cas par cas (au lieu de
la permission générale accordée auparavant) et restreints
à une visite tous les trois ans (contre une par an jusqu’ici). Mais elles
constituent aussi une atteinte à leur libre choix de subvenir aux besoins
de la famille élargie : les envois de devises vers Cuba voient en effet
leurs plafonds considérablement réduits et leurs destinataires
limités aux parents directs (enfants, conjoints, parents, frères,
sœurs, grands-parents et petits-enfants uniquement), au mépris des liens
affectifs et effectifs de solidarité (qui peuvent naturellement inclure
des parents plus éloignés, des amis, des voisins, des collègues
de travail…).
5. Par ailleurs, les autorités états-uniennes sont dorénavant
habilitées à mener les « opérations secrètes
» nécessaires pour identifier les personnes qui contreviendraient
aux nouvelles réglementations et à récompenser tout individu
qui collaborerait à leur interpellation. L’obtention de visas pour voyager
à Cuba, qu’ils soient destinés à des particuliers ou des
institutions, sera compliquée par des démarches administratives
conçues pour être dissuasives. Le nombre de citoyens états-uniens
condamnés à des sanctions pénales pour s’être rendus
à Cuba sans autorisation de sortie du territoire, en très forte
augmentation depuis l’arrivée au pouvoir du Président G. W. Bush,
pourrait en conséquence encore s’accroître. Au moment même
où l’administration cubaine assouplit les conditions d’entrée
dans l’île (y compris pour les Cubains de l’immigration), les États-Unis
entravent donc celles de sortie de leur territoire - en violation des accords
migratoires signés dans le passé.
6. Le Président G. W. Bush a en outre déclaré qu’il entend
désormais faire appliquer avec fermeté les sanctions prévues
par la loi Helms-Burton de mars 1996. Le titre III de cette loi octroie aux
tribunaux états-uniens le droit de juger et de condamner tout ressortissant
d’un pays tiers (ainsi que sa famille) qui effectue des transactions avec Cuba.
Son titre IV prévoit, entre autres, le refus de visas d’entrée
sur le territoire des États-Unis à ces ressortissants étrangers
(et à leur famille). Le contenu normatif de cet embargo -et surtout l’extraterritorialité
de ses règles qui imposent à la communauté internationale
des sanctions décidées unilatéralement par les Etats-Unis-
représente une violation de la Charte des Nations Unies et des fondements
du droit international en vigueur. L’extension de la compétence territoriale
des Etats-Unis est tout simplement illégale. Nul besoin de démontrer
qu’elle va à l’encontre du droit international en vigueur (violation
du principe de souveraineté nationale et de non-intervention dans les
choix intérieurs d’un autre Etat, etc.).
7. En outre, les mesures prises par l’exécutif états-unien afin
de limiter la liberté de circulation
des personnels et des connaissances scientifiques conduisent à intégrer dans le périmètre
de l’embargo des domaines jusqu’à présent formellement exclus
par la loi6. Seront ainsi systématisés : les refus de missions
à Cuba de chercheurs états-uniens ; les refus de délivrance
de visas aux chercheurs cubains (de même qu’aux fonctionnaires, y compris
médecins) ; les refus de publication d’articles scientifiques d’auteurs
cubains aux États-Unis ; les refus d’octroi de licences de logiciels
; les refus de satisfaire les commandes de bibliothèques cubaines en
livres, revues, disquettes ou CD-Rom de littérature scientifique spécialisée…
En réduisant les libertés d’exercer le métier de chercheur
et d’échanger des informations scientifiques, c’est l’une des plus fécondes
opportunités de développer sur une base solidaire et humaniste
la coopération intellectuelle entre pays qui se trouve par là
même condamnée. N’y a-t-il pas enfin contradiction à exiger
des Cubains qu’ils renoncent à leurs droits civils et politiques et à
leur emploi dans la fonction publique pour être autorisés à
voyager à l’étranger et avoir des relations au niveau international
?
8. Dans le même temps, le gouvernement des États-Unis a annoncé
le déblocage de 59 millions de dollars de fonds publics pour le soutien
financier et logistique d’organisations non gouvernementales et d’individus
chargés de « disséminer des informations » contre
Cuba dans le monde. Un fonds spécial financera les visites à Cuba
de « volontaires » pour y former et encadrer la « dissidence
» sur l’île. Radio et TV « Martí » devraient
prochainement bénéficier d’un transfert de quelques 18 millions
de dollars, et voir un avion de l’armée états-unienne mis à
leur disposition pour faciliter leurs transmissions depuis Miami - en violation
des règles de l’Union internationale des Communications et de la souveraineté
d’un Etat membre des Nations Unies.
9. L’embargo du gouvernement états-unien contre Cuba est illégal
et illégitime. Il vise à détruire un peuple et de ce fait
il constitue un acte de guerre non déclaré contre Cuba. Etant
donné qu’il porte atteinte à l’intégrité physique
et morale de tout un peuple, et d’abord de ses enfants et de ses personnes âgées,
il est assimilable, en droit, à un crime contre l’humanité.
10. Le durcissement de l’embargo anti-cubain des États-Unis est une atteinte
contre les libertés, celles des Cubains comme celles de tous les peuples
du monde.
11. La Commission des droits de l’homme (CDH) a condamné à maintes
reprises les mesures coercitives unilatérales. Dans sa résolution
adoptée le 16 avril dernier, la CDH demande à tous les Etats de
« s’abstenir d’adopter ou d’appliquer des mesures unilatérales
qui ne sont pas conformes au droit international, au droit international humanitaire
et à la Charte de l’ONU (...), de refuser aussi bien de reconnaître
ces mesures que de les appliquer ». Elle leur demande aussi « de
prendre des mesures administratives ou législatives efficaces, selon
qu'il conviendra, pour contrecarrer l'application ou les incidences extraterritoriales
des mesures coercitives unilatérales »7.
Notes:
1 Rapport de Cuba au Secrétaire
général des Nations unies sur la Résolution 56/9 de l’Assemblée
générale de l’ONU (novembre 2002), « Nécessité
de lever le blocus appliqué à Cuba ».
2 Cuban Democracy Act, 1992.
3 Cuban Liberty and Democratic Solidarity Act », 1996.
4 Pour des données chiffrées sur l’évolution
de l’économie cubaine depuis 10 ans, voir : Herrera, R. (2003), «
Cuba : Une Résistance en Amérique latine », Recherches internationales,
n°. 69, pp. 89-110, septembre, Paris.
5 Cf. Bulletin d’information de MediCuba N° 12, février
2004.
6 American Association of World Health (1997), The Impact of the
US Embargo on Health and Nutrition in Cuba, The Association, Washington.
7 Cf. E/CN.4/RES/2004/22.
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